Samedi 25 novembre 2006 6 25 /11 /2006 12:23

Toute ma vie le Temps a exercé sur moi une espèce de fascination. Je dois réfléchir pour préciser mon âge ou celui de ceux que j’aime ; je dois aussi faire un effort pour situer une date ou un évènement dans l’histoire.

 

Le temps est tellement abstrait qu’il m’est difficile de l’intégrer. Et malgré son abstraction, il a objectivement fuit avec une telle vitesse que je ne me suis aperçu de rien. Ma vie a traversé le Temps comme un éclair troue les nuages et je me trouve maintenant à l’aube de mon existence sans m’être rendu beaucoup compte de l’irréversibilité des jours.

 

Oui, le Temps ne cesse de me fasciner.

 

Le temps contre lequel nous nous battons ayant souvent l’impression de n’avoir jamais assez de temps pour terminer ce que nous entreprenons.

 

Le Temps, notre grand ennemi.

 

Le Temps inexorable qui laisse son empreinte sur nos capacités physiques, nous montrant à tout instant sa supériorité en griffant notre corps de sa marque irréversible si mal vécue dans une civilisation comme la nôtre qui voue à la jeunesse un véritable culte.

 

Le Temps après lequel nous courons et qui fuit devant nous dans une course inexorable, incompréhensible, insaisissable.

 

Le temps pour lequel nous nous battons, puisque nous construisons rarement dans l’éphémère, nos réalisations devant, selon nous, perdurer et défier le Temps. L’angoisse de la mort, le vertige que donne la finitude, nous entraînent à créer une œuvre, artistique ou matérielle, qui va nous survivre en prolongeant notre vie au-delà de la mort. Comme si, à travers nos réalisations nous bâtissions notre éternité ! Il en va peut-être ainsi de la création artistique dont les œuvres sont appelées non seulement à se jouer du Temps, mais à le narguer en s’en faisant complice. « Il est permis de définir l’artiste comme celui qui, tel le croyant, met son espoir dans un avenir bien au-delà de la vie » (Jean d’Ormesson dans « C’était bien »).

 

Une de mes amies, artiste sculpteur m’a dit un jour, qu’elle créait pour vaincre son angoisse de la mort, et que seul son besoin d’éternité animait ses bras lorsqu’ils maniaient le maillet et le ciseau.

 

Nous possédons tous un potentiel de création.

 

Tous les êtres humains sont au fond des artistes - le simple fait de vivre est un art en soi - mais le talent, ce qui permet à une création de devenir une œuvre et de s’inscrire dans le temps, est donné à ceux qui, refusant leur propre mort, se projettent dans l’éternité. Ils créent pour conjurer leur finitude, presque pour la nier.

 

Les artistes ont peut-être, plus que les autres, conscience de ce néant, de ce « plus rien », de ce vide post-mortem. Celui qui, comme disait Michel Ange, « est capable d’aller chercher et de faire surgir du fond d’un bloc de marbre la sculpture qui y est cachée », a probablement, plus ou moins consciemment, un vécu de sa fatale disparition, plus grand et surtout plus angoissant que les autres. Il vit d’ailleurs en permanence sa propre mort puisque celle-ci s’inscrit dans sa création.

 

 

Comment définir le Temps, ce Temps si mystérieux puisqu’il est un concept sur lequel ont planché de nombreux philosophes ?

 

Est-il le « temps objectif » que le tic-tac de l’horloge décompte en enlevant à notre vie, minute après minute ?

 

Existait-il avant que le hasard de la création donne naissance au fameux Big-Bang générateur de notre univers ?

 

Que deviendra-t-il lorsque, dans quelques milliards d’années, le soleil se refroidissant, supprimera toute vie sur la terre ?

 

Le temps s’arrêtera-t-il avec la vie de notre planète comme s’il n’existait que parce que l’homme existe ?

 

Est-il l’inexorable usure, l’arrivée incontournable de la vieillesse ? Est-il ce « temps physiologique » qui voit la trace de ses griffures puis la déchéance physique et souvent psychologique s’installer peu à peu ?

 

Ou le Temps n’est-il pas plutôt mesurable par la perception individuelle de chacun ? Ce « temps subjectif », éminemment variable chez chaque individu, et pour un même sujet différent d’un instant à un autre, répond alors à une espèce d’horloge psychologique qui se dérèglerait à tous moments. Certaines minutes sont des éternités, et d’autres sont si courtes que leur brièveté laisse un goût d’amertume et d’insatisfaction.

 

Le Temps que nous ne pouvons ni fixer, ni saisir pour s’en emparer et le manier à notre guise.

 

Le Temps dans lequel le présent, invention des poètes, n’existe pas car parler du présent c’est déjà le conjuguer au passé !

 

Le temps est un mystère insondable.

 

La relation avec le Temps, ou du moins la perception psychologique que je peux en avoir, l’âge aidant, me fascine littéralement.

 

Maintenant, m’acheminant vers la conclusion de ma vie, je ressens que le Temps ne compte plus depuis qu’il m’est compté ! Pardon pour ce mauvais trait venu spontanément sous mes doigts qui effleurent le clavier, mais je ne veux pas le corriger puisqu’il représente à mes yeux, une vérité, ou du moins ma vérité. N’étant pas un créateur talentueux, ma vieillesse n’a que faire des lendemains inconnus et puisque je n’entreprends rien dans une finalité pérenne, j’ai la sensation que demain ne sera pas ou qu’il ne compte pas pour moi. Ce sentiment loin d’être désagréable n’a rien d’angoissant puisque j’aime la vie au point de penser qu’elle est et restera le plus beau des cadeaux.

 

La mort fait partie de la vie puisque la naissance et la mort la délimitent en la définissant. Les gens âgés ont-ils alors « dompté » le temps au point de s’en être rendus maîtres puisque pour eux le temps ne compte plus ?

 

Ceci est un de mes grands questionnements.

 

Certes, certaines personnes, plus elles approchent de l’inéluctable échéance plus leur angoisse grandit. Elles deviennent alors fréquemment acariâtres, parfois agressives et difficiles à vivre, mais j’ai reconnu dans le regard des gens âgés plutôt la sérénité et la joie de vivre que la peur de mourir quelle que soit leur conviction religieuse.

 

N’ont-ils pas alors réussi à maîtriser le Temps ?

 

Et la sagesse n’est-elle pas tout simplement ce nouveau rapport au Temps ?

 

 

25 novembre 2006

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /2006 12:54

 

 

Il y a quelques jours j’ai lu sur la quatrième de couverture de l’excellent livre de Laurent Gaudé «  L’Eldorado », une phrase fort belle et dont le sens va bien au-delà de ses simples mots : « Il n’y a pas de frontière que l’Espérance ne puisse franchir ».

 

Si l’on s’en tient au contexte de ce livre, si l’on ne recherche pas ce qui se cache derrière les mots, il s’agit de frontières réelles que veulent franchir par tous les moyens des hommes animés par la volonté de vivre. Ils sont courageux, volontaires, obstinés même et ne trouvant pas les moyens de subsister dans leur pays où une grande pauvreté sévit, pensent les trouver de l’autre côté de la frontière, dans ce qu’ils croient être un nouvel « Eldorado ». Ces hommes, que d’aucuns nomment « clandestins », poussés hors de chez eux par la misère se lancent dans cette aventure malgré l’énormité des risques parce qu’ils pensent trouver la survie plus loin, toujours plus loin. Ils bravent tous les dangers, beaucoup périssent en mer et ceux qui n’ont pas eu ce destin et qui échouent, sans se lasser, parce qu’ils n’ont pas d’autres solutions, retenteront plus tard. Ils sont volés, violentés, dépouillés par des hommes sans scrupule qui devaient « les faire passer de l’autre côté », mais malgré cela, ils recommenceront à la première occasion, sitôt qu’ils auront réuni l’argent nécessaire exigée par ces nouveaux négriers. L’espérance de trouver enfin du travail pour simplement subsister et faire vivre leur famille est leur moteur commun. Cette fuite devant le dénouement le plus extrême devient leur seule raison de vivre.

 

Laurent Gaudé, utilise comme symbole ces « clandestins pour survivre », afin de montrer que grâce à l’espérance l’improbable devient possible. Il n’y a pas de barrières que l’espérance ne puisse franchir, espérance qui repousse toujours plus loin les limites de l’impossible. Les hommes stimulés par l’espérance peuvent réaliser leurs rêves. Ils peuvent  réussir leur vie même si l’humanité est de plus en plus impersonnelle et froide et que les inégalités entre les hommes ne cessent de grandir.

 

Comment vivre sans espérance ? Comment envisager l’avenir du monde si on ne le rêve pas meilleur, plus humain et plus fraternel ? Comment traverser sa vie si on marche à côté d’elle plutôt que dans le sillon qu’elle creuse tous les jours, même si celui-ci est parsemé d’ornières ? Comment montrer du désintérêt à ce qui se passe chez l’autre, puisque l’indifférence est la négation même de la société humaine et que l’on est toujours l’autre de quelqu’un ?

 

 

L’espérance, parfois taxée de folle espérance, évoque en moi deux réflexions.

 

Tout d’abord celle très personnelle de ce que fut ma survie à la barbarie d’Auschwitz. Là-bas l’Espérance, sauf le dernier jour, ne m’a jamais quitté. En dehors de toute logique, dans cet enfer où régnait en maître la plus sauvage des violences, où la Mort nous épiait sans cesse pour accomplir son oeuvre, j’avais la certitude que je serais épargné et libéré un jour. Comme je l’ai déjà écrit par ailleurs, cette folle espérance, car il fallait être fou pour avoir de l’espérance là-bas, créait, dans mon imaginaire des lendemains toujours meilleurs. J’étais convaincu de me réveiller un beau matin libre comme je l’étais avant, libre de me mouvoir à ma guise, libre de manger à ma faim, libre de penser ma vie autrement qu’entourée de clôtures électrifiées. Cette espérance qui, comme a dit un philosophe, parce qu’elle est du féminin par rapport à l’espoir est capable, comme une femme qui donne la vie, de créer une minute de plus, une heure de plus, une journée de plus qui, se surajoutant à toutes les autres finissent par faire des mois, puis des années. L’espérance, lorsqu’elle est vécue avec tant d’intensité, est alors génératrice de vie.

 

Quant à ma deuxième réflexion je la trouve dans la mythologie, dans le « Mythe de Pandore ». Dans la jarre offerte par Zeus à Pandore lors de son mariage avec Epiméthée, frère de Prométhée, il y avait tous les maux qui s’abattraient sur l’humanité si un jour ils étaient libérés. Pandore avait ordre de ne pas ouvrir cette jarre, mais, poussée par une insatiable curiosité elle ne résista pas à la tentation et passant outre l’interdiction l’ouvrit pour découvrir ce qu’elle contenait. Alors elle libéra, comme les mauvais génies enfermés dans des jarres, la vieillesse, les vices, les maladies et tous les malheurs s’abattirent sur l’humanité. Effrayée elle referma brusquement la jarre et y tint prisonnière l’Espérance que Zeus avait mise tout au fond.

 

Ainsi l’Espérance n’habitèrent pas les Hommes comme le firent les fléaux, les vices et les maladies mais enfermée dans la jarre elle devint une vertu que seuls ceux qui font l’effort pour la rechercher arrivent à trouver.

 

L’Espérance permet aux hommes de progresser, de vaincre l’adversité lorsque celle-ci leur est défavorable, d’abattre les frontières de ce qui peut leur sembler insurmontable, elle leur permet même de réaliser l’impossible. Restée au fond de la jarre refermée brusquement par Pandore elle n’est possédée que par ceux qui la recherchent inlassablement et qui, une fois qu’ils l’ont trouvée la libèrent avec mille précautions afin de s’en vêtir comme d’un manteau protecteur.

 

Oui Laurent Gaudé a raison, il n’y a pas de frontière que l’Espérance ne puisse franchir puisqu’elle repousse les frontières de l’impossible.

 

 

14 septembre 2006

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Vendredi 21 juillet 2006 5 21 /07 /2006 09:35

Et bien voilà que s’éteignent enfin les lampions de ce que d’aucuns ont appelé, doux euphémisme, la « fête » du foot-ball !

 

S’agissait-il vraiment d’une fête lorsque les reportages télévisuels, dont l’exclusivité fut très chèrement achetée par certaines chaînes de télévision, nous montraient le nombre impressionnant de policiers mobilisés pour cet évènement. Vêtus de leur gilet orange, ils encadraient le terrain et se tenant face au public entassé dans les tribunes, ils épiaient tout mouvement insolite pour prévenir toute violence.

 

S’agissait-il vraiment d’une fête vantant les mérites du sport, ou ne s’agissait-il pas plutôt du réveil brutal du plus absurde des nationalismes qui a trouvé son épilogue dans les manifestations populaires de Rome, où certains excités italiens ont porté fièrement et bien haut un cercueil recouvert du drapeau français ?

 

Curieuse fête qui a convié le monde entier, puisque les seuls Dieux des stades n’étaient pas sur la pelouse mais avaient comme nom : dollars ou euros ?

 

S’agissait-il vraiment d’une fête lorsque certains commentateurs n’hésitaient pas à parler de « l’honneur » de la France quand ils évoquaient la victoire de l’équipe qui portait nos couleurs !  A quel niveau plaçaient-ils l’honneur de la France ? Dans les évolutions d’un ballon rond !!

 

Certes il m’est arrivé, et je n’en rougis pas, de regarder certains matchs et d’admirer le ballet auquel se livraient les joueurs avec ce ballon qui, même lorsque j’étais jeune, était loin d’être maîtrisé par mes coups de pieds mal ajustés. Devant ma télévision j’assistais à un spectacle et le plaisir que j’en retirais n’avait rien à voir avec l’honneur de notre pays !

 

Le foot-ball, devenu sport mondial, me pose en effet plusieurs problèmes.

 

Tout d’abord, je l’ai déjà évoqué, je n’accepte pas la confusion que font les supporters et les commentateurs, entre les ébats des joueurs et l’honneur de notre pays. J’ai trop d’amour et de reconnaissance pour la France qui a accueilli avec générosité, au début du siècle dernier, mon père et ma mère, pour placer ses qualités au même niveau que l’habileté d’un homme, dusse-t-il être français, qui tape dans un ballon rond. Les grands savants qui explorent l’infini de la méconnaissance, ceux qui vont au bout du monde pour être utile aux hommes, éveillent en moi plus de fierté que ceux qui, accompagnés de chèques aux montants astronomiques, font d’un ballon leur seule perspective de vie.

 

Je me pose aussi la question, réactualisée durant un mois par la médiatisation outrancière de la Coupe du Monde  : « pourquoi le foot-ball, de tous les sports d’équipe, est-il celui qui suscite le plus de violence ?».Si, à ma connaissance ce ne fut pas le cas en Allemagne, n’est-ce pas tout simplement parce que l’immense présence policière a été dissuasive ? Que se passe-t-il dans certains pays comme en Angleterre, le dimanche, dans de nombreux stades, lorsque les policiers sont soit absents, soit en nombre insuffisant ?

 

On pourra bien sûr me dire que les bandes de voyous qui se battent dans les stades n’y sont que pour cela et qu’ils n’ont pas grand-chose à voir avec le foot qui ne devient alors qu’un prétexte. Certes, mais pourquoi le foot et pas un autre sport ? Pourquoi le rugby, pourtant infiniment plus viril que le foot, n’attire pas, dans ses tribunes toutes ces bandes de casseurs.

 

Alors se repose à moi la question : « pourquoi le foot ? ».

 

Est-ce parce que, dès qu’il fait ses premiers pas le petit d’homme tape avec ses pieds dans une balle et que dans certains quartiers déshérités la boite de conserve remplaçant le ballon rond va de pieds en pieds selon l’adresse des gamins ?

 

Peut-être que l’explication se trouve effectivement dans la nature même de ce « jeu » qui répond aux premiers instincts de l’homme. Le foot ne porte-t-il pas, par sa nature même, les germes de la violence ?

 

Je pense, en effet, à la symbolique du « coup de pied » qui n’est jamais donné en témoignage d’amitié mais toujours pour se venger d’une offense subie ou plus simplement par agressivité ?

 

Les cartons rouges éliminant des joueurs responsables, sur le terrain, d’actes  jugés violents par les arbitres, ne témoignent-ils de ce mécanisme psychologique, le coup de pied n’étant pas, par nature, preuve d’affection ?

 

Le carton rouge qui a sanctionné Zidane pour son coup de tête donné au joueur italien, n’a-t-il pas été instauré parce que le foot éveille chez le joueur des pulsions de violence ? Violence justifiée selon Zidane puisque, comme il l’a dit lui-même lors d’une interview, « il est un homme » et que comme tel il devait répondre par la violence aux injures qu’il dit avoir reçues. Ce qui veut dire que s’il n’avait pas répondu en donnant « virilement » le coup de tête, il devenait une mauviette à ses propres yeux. Curieuse façon de ne voir dans la justice que la loi du plus fort !

 

Voilà, j’ai eu besoin de me lâcher un peu et de dire à tous ceux qui aiment le foot et que je respecte totalement, qu’il leur faut raison garder.

 

Le sport ne doit jamais devenir ce que furent les jeux du cirque.

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Mercredi 31 mai 2006 3 31 /05 /2006 12:39

Sans vouloir entamer une polémique hors de propos qui serait de savoir si la prostitution volontaire et donc non contrainte est inéluctable à la nature même de nos sociétés, je voudrais simplement exprimer, par cette courte réflexion, ma colère du moment.

 

 

Nous apprenons en effet, sur tous les médias, presse écrite et audio-visuelle, que « le gouvernement allemand allait faire venir plusieurs milliers de prostituées lors de la coupe de monde de foot-ball ». Devant cette prostitution organisée à l’échelon gouvernemental, nous n’entendons que le silence étourdissant des associations qui ont pourtant comme vocation de lutter pour la liberté des êtres humains, pour le respect de la Charte des Droits de l’Homme, contre la pression esclavagiste de certains hommes envers d’autres hommes !

 

 

On pourrait bien sûr, me dire que de nombreux êtres humains font ce « métier » volontairement sans y être contraints et que l’organisation d’immenses bordels, autorisés en Allemagne, vaut mieux que les laisser dans les rues pratiquer le classique racolage. Les regrouper dans ces « usines », pensent certains, permet plus facilement de les identifier et de les contrôler médicalement. Je connais ces arguments et ce n’est pas sur l’existence de la prostitution et des maisons closes que se place mon « billet d’humeur »

 

 

Réfléchissons plutôt aux seules méthodes que pourront utiliser les responsables du gouvernement allemand pour faire venir toute cette population. A qui vont-ils s’adresser pour trouver ces milliers d’êtres humains déplacés ? Vont-ils mettre des petites annonces dans les journaux des pays de l’Est, d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est ? Vont-ils envoyer des émissaires dans tous ces pays pour recruter sur place tous ceux et celles qui manquant de tout n’ont, comme seule solution que la vente de leur corps pour ne pas mourir de faim ?

 

 

Ce ne sont évidemment pas ces méthodes de recrutement qu’ils vont utiliser. Alors que vont-ils faire ? Ils vont tout simplement s’adresser aux organisateurs des réseaux de prostitution, c'est-à-dire aux proxénètes qui tirent des profits considérables de la détresse de tous ces gens.

 

 

Devenant ainsi complices de ce trafic d’êtres humains, ils seraient en France poursuivis pour proxénétisme aggravé.

 

 

Or, dans notre pays, qui a fait entendre sa voix ? Qu s’est insurgé contre l’Etat proxénète ? Quelle organisation humanitaire s’est-elle portée au secours des Droits de l’Homme bafoués légalement en ce début du vingt et unième siècle ?

 

 

Personne ne s’est élevé contre ce qui moralement est inadmissible ou si faiblement que ce ne fut entendu par personne.

 

 

La barbarie a encore de beaux jours devant elle, et je suis triste de constater qu’une fois de plus les gouvernements en sont les complices.

 

 

 

 

31 mai 2006

 

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Mardi 7 mars 2006 2 07 /03 /2006 12:45

Lors de mes interventions dans les établissements scolaires les jeunes veulent souvent savoir ce que je pense du concept de Dieu, après avoir vécu dans les camps d’extermination nazis et côtoyé tant de morts injustes.

 

Je leur explique qu’étant né dans une famille non religieuse (je ne me souviens pas être entré dans une synagogue avec mes parents), j’ai néanmoins traversé à l’âge de 14 ou 15 ans, comme beaucoup d’adolescents, un phase mystique rapidement effacée dès mon arrivé à Auschwitz. J’ai eu ensuite le sentiment, comme l’a écrit un philosophe allemand, que « Dieu était mort à Auschwitz ».

 

Puis, tant bien que mal j’ai survécu, ai retrouvé la vie normale, suis devenu ce que je voulais être, un homme ordinaire.

 

Mais au fur et à mesure que les ans s’accumulaient, je me disais qu’il serait bien dommage, voire même stupide, qu’il n’y ait pas de projet à la vie. Je concevais difficilement que nous ne soyons que la résultante de la rencontre fortuite et combien invraissemblable, en terme de probabilité, de plusieurs atomes.

 

Certains pourraient donner à ce projet le nom de Dieu, pour moi ça n’était qu’une réflexion qui, je dois le dire ne me satisfaisait pas du tout.

 

Et puis un jour, mon épouse m’a apporté la photocopie d’une légende hindoue qu’elle avait lue dans le salon d’attente d’un médecin. En prenant connaissance de cette légende, brusquement, un voile s’est déchiré et j’ai eu la sensation de découvrir qu’elle était écrite depuis toujours en moi, mais que je ne savais pas la lire.

 

 

Ce texte est le suivant :

 

 

« Une vieille légende hindoue raconte qu’il y eut un temps où les hommes possédaient, en eux, la divinité. Mais , leur cupidité, leur égoïsme, leur soif du pouvoir, leur désirent de toujours supplanter les autres, firent qu’ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le Maître des Dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Il convoqua les Dieux mineurs et réfléchit avec eux.

 

 

Un des Dieux lui suggéra d’enterrer le pouvoir divin de l’homme au plus profond de la terre, jusqu’au centre du monde, près du magma, mais Brahma lui répondit : « Non, cela ne suffit pas, car l’homme creusera, creusera, et un jour il le retrouvera, s’en saisira et se comportera à nouveau comme avant ».

 

 

Un autre Dieu lui dit alors : « Maître, cachons-le au plus haut du ciel, là où finit notre monde et commence l’éternité ». Mais Brahma répondit : « Non, cela ne suffit pas non plus, car dans son désir de conquérir l’Univers, l’homme finira par l’explorer, il montra très haut dans le ciel, et il le retrouvera ».

 

 

Un troisième Dieu lui dit enfin : « Maître, immergeons-le au plus profond des océans, là où il n’y a plus de vie, il ne pourra jamais descendre si bas ! ». Mais Brahma répondit : « Non, car l'homme voudra aussi conquérir toutes les mers, il construira des machines qui pourront descendre au fond des océans et en explorant les profondeurs, il le trouvera et le remontera à la surface ».

 

Les Dieux mineurs, désappointés, étaient atterrés et conclurent qu'ils ne savaient pas où le cacher car il ne semblait exister sur terre, dans le ciel ou dans la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour.

 

Alors Brahma, dans sa grande sagesse leur dit : « Je sais ce que nous allons faire, nous allons cacher le pouvoir divin des hommes au plus profond d'eux-mêmes, là, ils ne le chercheront jamais ».

 

Depuis ce temps, conclut la légende, l'homme a fait le tour de la terre, est monté très haut dans le ciel, a exploré la profondeur des océans, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui-même et qu'il retrouvera, lorsqu'enfin il possédera la sagesse ». »

 

 

Cette merveilleuse légende, riche en symboles, je la leur conte lorsqu’ils me demandent ce que je pense du concept de Dieu. Toute cette sagesse, surtout la dernière phrase qui la contient dans son intégralité, je tente de la leur commenter. Je leur explique que, pour moi, comme tous les hommes, ils ont en eux la divinité, mais que pour la trouver il faut se remettre en question tous les jours et ne jamais s’enfermer dans ses certitudes, sources de tous les extrémismes générateurs de violence.

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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