Lundi 29 décembre 2008 1 29 /12 /2008 18:30

 

 

En ces jours de Noël symbole de Paix et d’altruisme, où l’Amour devrait être plus fort que la haine, un homme qui se croit humoriste, a pastiché dans une infâme parodie, la mort violente de six millions de victimes ! Six millions de personnes, femmes, enfants et vieillards, qui avaient commis le simple péché de vivre, le simple pêéché d'exister !

 

Oui Monsieur Dieudonné, nouveau leader de l’extrême droite puisque vous n’avez pas réussi à faire autre chose de votre vie, six millions de Juifs assassinés par vos amis nazis, dans ce qui est pour vous un "détail" de l'histoire, dont ma mère, mon père, ma petite sœur et tous ceux que j’ai vu mourir à Auschwitz, du fond des chambres à gaz et des fours crématoires vous regardent atterrés.

La haine du Juif que vous avez viscéralement accrochée au plus profond de vous-même, à défaut de l’être sur un cœur qui ne semble plus battre dans votre poitrine, cette haine que vous déversez sous le prétexte que vous respectez la liberté d’opinion, cette haine vous obscurcit la vue et la raison.

Si Hitler avait gagné la guerre, ce que, peut-être dans votre délire, vous auriez souhaité, que croyez-vous qu’il aurait fait de tous ceux qui, vous ressemblant physiquement, sont assez loin des aryens, aux cheveux blonds et aux yeux bleus ? Les aryens devaient, selon lui, diriger le monde ! Quant à vous, vous auriez rejoint, à Auschwitz ou ailleurs,  comme ceux dont vous niez le martyr, les mêmes chambres à gaz qui les ont fait mourir.

S’il vous reste encore un peu de jugement, si vous oubliez vos provocations qui seules permettent que l’on parle un peu de vous, réfléchissez à ce que disait Franz Fanon à ses élèves africains : « Lorsqu’on dit du mal des Juifs, dressez l’oreille, mes enfants, on parle de vous ».

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 17:37

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs,

 

 

- Alors que les rangs des anciens déportés sont de plus en plus clairsemés,

- Alors que de-ci, de-là se font entendre les voix des négationnistes et autres truqueurs de l’histoire, maquilleurs de la réalité,

- Alors que nous sommes de plus en plus confrontés à la violence élémentaire, à la violence pour la violence et sans aucune autre finalité,

se pose la question de savoir si nous, anciens déportés, nous n’avons pas failli à notre devoir, ce devoir dont nous étions investis après les épreuves que nous avions subies.

Un jour, peut-être, nos enfants nous demanderont des comptes et, par delà même nos tombeaux, nous poseront la question essentielle : « Vous avez vécu cela, vous avez souffert l’enfer, chaque minute, dans cet indicible univers concentrationnaire, vous avez côtoyé la mort au point même de la tutoyer, vous avez vu des centaines, voire des milliers de gens, souffrir et mourir, non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils étaient, mourir parce qu’ils avaient commis le simple péché de vivre, le simple péché d’exister. Vous aviez dit « plus jamais cela », alors qu’avez-vous fait pour ouvrir les yeux toujours désespérément clos des hommes ? Qu’avez-vous fait pour améliorer l’humanité et pour que l’amour entre les êtres soit un petit peu plus grand ? Qu’avez-vous fait pour le respect que chacun doit porter à l’autre quelque soit sa religion, sa culture ou le lieu de son origine ? Qu’avez-vous fait pour que nous puissions vivre, vivre enfin libres ? » Voilà, Mesdames et Messieurs, la question teintée de reproches qu’ils nous poseront, même lorsque nous ne serons plus là si nous n’avons pas œuvré de toutes nos forces pour apprendre aux hommes le « vivre ensemble », ce simple « vivre ensemble » dont la notion même est étrangère à certains ?

Ayant souffert de racisme ou d’antisémitisme, c’est l’acceptation de la différence de l’autre qu’il nous fallait transmettre.

Ayant vu la violence se déchaîner contre nous, nous aurions du être les apôtres du pacifisme, non pas d’un pacifisme aveugle, mais d’un pacifisme clairvoyant qui regarde en face pour mieux les décimer, tous les dangers qui apparaissent à l’horizon de l’histoire,

Ayant été des sous-hommes, des üntermunschen, dans le regard de nos bourreaux il nous fallait apprendre aux hommes le respect que l’on doit à chacun, serait-il notre pire ennemi,

Ayant souffert d’enfermement c’est sans cesse, de la liberté que nous aurions du parler pour qu’elle devienne incontournable,

Ayant été méprisés et haïs par nos tortionnaires il fallait chasser cette haine, insidieuse et perverse qui peut se glisser en nous comme le fiel le plus amer. Ne pas être habité par la haine c’est rester tout simplement des hommes, c’est ne pas abandonner notre place dans la communauté humaine, c’est n’avoir aucun sentiment de vengeance, même envers nos bourreaux, mais c’est aussi réclamer une sentence sans faiblesse pour ceux qui ont commis le mal.

La vie concentrationnaire nous a appris aussi ce qu’aurait du être la solidarité que chaque individu devrait avoir à l’égard de l’autre. Franz Fanon, professeur en Afrique noire, disait à ses élèves africains : « Quand on dit du mal des Juifs, dressez l’oreille, mes enfants, on parle de vous ».

Cette solidarité humaine, indispensable à l’Art de vivre ensemble, ayant tant souffert de son absence, nous devons la transmettre aux autres, avec cette notion fondatrice « qu’on est toujours responsable de ce qu’on n’a pas empêché ».

Nous avons aussi appris dans tous les camps d‘extermination, ce que vous me permettrez de nommer une vertu. Nous avons appris l’espérance et l’amour de la vie, l’espérance qui nous a permis de survivre au cauchemar, l’espérance d’être vivant, encore, une heure de plus, l’espérance de voir le lendemain le soleil se lever, l’espérance de vivre le jour où les armées alliées, apportant avec elles notre libération, arriveront à vaincre la barbarie nazie.

Les nazis voulaient diriger le monde, ils croyaient nous supprimer en nous prenant la vie, ils pensaient éliminer définitivement tous ceux qui ne répondaient pas à leurs critères et bien, malgré les millions de crimes dont ils sont responsables, avec nous, ils ont échoué.

Ils avaient pour notre vie le plus profond mépris et la certitude qu’ils pourraient toujours en disposer selon leur désir, et bien, ils ont perdu comme perdent irrémédiablement, toujours, tous les bourreaux.

Avec notre espérance et notre amour de la vie, notre enthousiasme, notre émotion devant les rires ou les pleurs des enfants, notre refus de la souffrance de l’autre, notre engagement contre les injustices faites aux êtres humains, notre combat contre toutes les formes de violence et d’intolérance, nous, les anciens déportés des bagnes nazis, par notre présence même, nous devons utiliser pour le bien de l’humanité, tout ce que nous avons appris sur les hommes, et surtout montrer que la vie est le plus beau des cadeaux, qu’elle est, sera et restera toujours plus forte que la mort.

 

Je vous remercie

 

Paris le 25 avril 2008

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Vendredi 21 mars 2008 5 21 /03 /2008 10:30

Enseigner la Shoah ou comment transformer une mauvaise idée en bonne pratique…

 

           

            Beaucoup d’arguments ont été avancés rapidement pour s’opposer à l’injonction hâtive du président Sarkozy dans son discours au CRIF du 13 février 2008. La volonté que « chaque élève de CM2 se voie confier la mémoire d’un enfant victime de la Shoah », présentée comme une décision évidente et urgente, a fait réagir bon nombre de rescapés, d’historiens, d’enseignants et de parents…

Si l’on excepte ses inspirateurs ou quelques courtisans acharnés, plus personne ne considère cette idée comme « bonne ». Parce qu’elle suggérait une identification individuelle précoce à une destinée tragique, parce qu’elle prétendait charger d’un deuil mortifère la mémoire d’un enfant, parce qu’elle encourageait éventuellement d’autres revendications mémorielles, parce qu’elle réduisait l’histoire de la Shoah à une victimisation peu propice à l’étude ou à la compréhension, parce qu’elle confondait devoir de mémoire et réflexion, cette mesure incongrue et impérieuse fut largement rejetée.

« Il est nécessaire d’enseigner la Shoah aux élèves de CM2 » affirme le ministre de l’Education pour défendre l’ « intuition » présidentielle. Cette pétition de principe est elle aussi fort discutable ! Qu’il soit nécessaire d’enseigner la Shoah, tout le monde en conviendra.

Mais est-il si nécessaire d’enseigner l’extermination des juifs à des enfants de 10 ans ?

On peut au moins se poser la question. On peut aussi s’interroger sur la nécessité d’enseigner, en CM2, les détails d’une horreur insoutenable que les adultes ont parfois du mal à supporter.

            L’on mit donc en place une commission dirigée par Mme Waysbord-Loing baptisée « Mission pédagogique au sujet de l’enseignement de la Shoah dans le primaire », comme si l’enseignement de la Shoah posait un problème urgent en février 2008 dans les écoles primaires ! Comme si ce problème concernait exclusivement les enfants de 10 ans ! On oublia d’intégrer à cette commission des enseignants en fonction, les premiers concernés par ce travail, mais peu importait : tout le monde l’avait compris, il s’agissait de faire oublier la proposition du CRIF et de la remplacer par des mesures réfléchies et pesées, cette fois. Quand la décision précède la réflexion, il faut parfois faire machine arrière.

            Et le ministre de l’Education affirma que « la bonne idée du président devait se transformer en  bonne pratique »…

            L’idée de confier la mémoire d’un enfant juif exterminé à un enfant de 10 ans ou même à une classe, comme il fut dit après, nous semble une très mauvaise initiative. Bien sûr, après le tumulte médiatique viennent rapidement le silence et l’oubli. Mais, une fois les projecteurs journalistiques éteints, le sujet et les problèmes demeurent. C’est pour cette raison que nous intervenons aujourd’hui.

L’idée de contribuer à la réflexion pédagogique sur la Shoah, enseignement qui a fait l’objet d’un travail très important ces dernières années et qui mobilise l’énergie de nombreux professeurs, est intéressante. L’initiative dans ce domaine doit éviter l’improvisation et les polémiques que suscite toute décision contestable et brutale. Elle ne doit pas se limiter au cadre du primaire, comme le laisserait penser la création de la commission Waysbord-Loing.

Les mesures annoncées doivent être applicables et concrètes d’une part, elles doivent concerner tous les niveaux de l’enseignement d’autre part. Pour ces raisons nous proposons  dix mesures précises qui peuvent, selon nous, favoriser l’enseignement de la Shoah et contribuer à un débat que nous souhaitons large, car l’enjeu est essentiel :


 

 

 

1)      LES JUSTES EN CM2

L’idée de confier la mémoire d’un enfant victime de la Shoah à un enfant de 10 ans ou à une classe de CM2 nous semblant mortifère et inadaptée à cet âge, nous proposons d’inverser l’approche. Nous proposons d’étudier les parcours des enfants cachés, des survivants et des Justes. Ce qui permettrait d’évoquer plus discrètement l’extermination tout en sensibilisant les enfants aux principes qui ont guidé les sauveurs. Une recherche collective pourrait être suggérée, en fonction de la région de l’établissement, sur le profil d’un Juste ou le village de Chambon-sur-Lignon et son organisation.

 

2)      LES CRIMES CONTRE L’HUMANITE

Les programmes de CM2 suggèrent actuellement l’étude de la Shoah en ces termes : « L’extermination des juifs par les nazis : un crime contre l’humanité ». Bien que cette ultime notion nous paraisse elle aussi inadaptée pour un public d’enfants de CM2, bien que le fait de lier la notion de « crime contre l’humanité » à la seule Shoah soit discutable et potentiellement porteur de conflits ou de revendications « mémorielles », nous pensons que l’intention initiale était généreuse. Si la notion de « crime contre l’humanité » devait être conservée en CM2, il faudrait sans doute en profiter pour évoquer d’autres « crimes contre l’humanité » et parler par exemple de l’esclavage des Noirs.

 

3)      LA SHOAH ET L’IUFM

Il faut insister sur la formation des enseignants qui ne sont pas tous des historiens et des spécialistes de cette période. L’évolution des recherches historiques dans ce domaine est très rapide et les publications sont, chaque année, très riches et très diverses. Un effort particulier doit être fait par l’Education Nationale pour cette question délicate. Nous demandons qu’un séminaire soit organisé, chaque année, à partir de 2008, dans tous les IUFM, sur la Shoah et son enseignement. D’autre part, un dossier devrait être fourni à chaque enseignant comportant des textes utilisables en classe et des pistes pédagogiques solides. Pour le niveau CM2 par exemple, des textes sur les Justes seraient présentés, sur le parcours d’un enfant caché et un exposé historique précis sur le sujet serait fourni aux enseignants.

 

4)      COMMEMORATIONS

Les journées consacrées aux commémorations devraient, selon nous, faire l’objet d’une attention particulière. Nous pensons en particulier au 27 janvier (commémoration de la libération d’Auschwitz), au dernier dimanche d’avril (journée du souvenir de la déportation) mais aussi au 10 mai (commémoration de l’esclavage). Curieusement cette année, en 2008, aucun discours officiel au plus haut degré de l’Etat n’a évoqué la libération d’Auschwitz le 27 janvier. Nous le regrettons. Car le devoir de mémoire concerne la mémoire collective officielle et les enfants de 10 ans ne sont pas là pour compenser les oublis politiques ou prendre en charge la mémoire collective… Chaque date retenue ferait l’objet d’une explication en classe et l’Education Nationale pourrait préparer là aussi un dossier (disponible sur Internet par exemple) pour chacun de ces évènements.

 

5)      EDUCATION CIVIQUE ET CRIME CONTRE L’HUMANITE

La pédagogie de la Shoah ne concerne ni exclusivement, ni prioritairement les élèves de CM2.. C’est en effet en collège, au niveau de la 3°, que la Seconde Guerre Mondiale est abordée pour la première fois dans le cadre d’un cours d’histoire. Nous proposons que la notion de « crime contre l’humanité » soit introduite dans les programmes d’Éducation Civique de 3° et qu’elle fasse l’objet d’une étude précise. À cette occasion la notion de génocide pourrait être expliquée et, sans exclure l’évocation d’autres génocides et d’autres « crimes contre l’humanité », les enseignants pourraient mettre en évidence le caractère « unique » de la Shoah.

 

6)      LA MEMOIRE DES ENFANTS DISPARUS

Préparé en amont par le travail historique, prolongé en aval par une réflexion sur le « crime contre l’humanité », le travail sur les victimes (envisagé actuellement en CM2) pourrait alors être dégagé d’une approche purement émotionnelle. Il serait envisageable, dans ce cadre, de proposer un travail de recherche et la constitution d’un dossier sur une victime de la Shoah. Là aussi, les enseignants d’histoire en particulier pourraient proposer cette recherche dans le cadre du cours d’Education Civique. La démarche semble plus adaptée à un adolescent ayant reçu des informations et des connaissances historiques précises sur la Shoah qu’à un enfant de CM2 dont on solliciterait l’identification et la sensibilité.

 

7)      TEMOIGNAGES SUR LA SHOAH

L’approche de la Shoah n’étant pas exclusivement réservée au cours d’histoire, nous suggérons que deux textes de témoignage concernant les camps soient intégrés dans le cadre du cours de français. Le programme de français en 3° impose l’étude du genre autobiographique. L’étude de ces témoignages pourrait s’intégrer à ce programme et proposer une approche complémentaire, le témoignage pouvant être considéré comme une variété du récit autobiographique. Là encore, une formation dispensée à l’IUFM, concernant le genre du témoignage et les exemples disponibles actuellement, serait la bienvenue.

 

8)      CONCOURS

Chaque année un concours est organisé pour les établissements de secondaire : « Le concours national de la résistance et de la déportation ». Il donne l’occasion à des élèves de travailler sur un aspect précis de la question. Nous souhaiterions que la publicité accordée à ce concours soit plus large et que les lauréats soient gratifiés de récompenses motivantes. De plus, un soutien financier pour un apport bibliographique et filmographique conséquent devrait être fourni à tous les établissements qui présentent des élèves et les préparent à ce concours.

 

9)      LA SHOAH AU PROGRAMME DU BAC EN HISTOIRE

L’enseignement au lycée est évidemment concerné par l’étude de la Shoah. Celle-ci est désormais réservée au cours d’histoire de 1ère. La période est souvent étudiée en fin d’année, moment moins favorable à une étude très approfondie pour diverses raisons. Si la Seconde Guerre Mondiale était réintégrée en classe de Terminale, l’étude de cette période serait plus motivante et pourrait être complétée par une approche différente et complémentaire en cours de philosophie.

 

10)   LES PROCESSUS GENOCIDAIRES ET LA PHILOSOPHIE

Les concepts actuels du programme de philosophie permettent aux professeurs d’évoquer la Shoah quand ils parlent de la mémoire ou du mal. Une étude plus précise sur «  les processus génocidaires » serait sans doute intéressante en classe de philosophie. Dans cette hypothèse, on pourrait imaginer l ‘étude de concepts philosophiques et politiques parmi  lesquels les notions de génocide, de crime contre l’humanité, de « banalité du mal », de racisme, d’antisémitisme trouveraient toute leur place et complèteraient utilement le cours d’histoire. Cette approche permettrait d’éviter la « concurrence » victimaire ou la concurrence des mémoires en proposant divers exemples et en dégageant la spécificité de chacun.

 

 

Sam Braun, rescapé d’Auschwitz,  auteur de « Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu » (Albin Michel, 2008) et Stéphane Guinoiseau, professeur agrégé de Lettres Modernes.

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /2008 15:18
 
« Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu » (Albin Michel) tel est le titre du livre que je viens d’écrire avec mon ami Stéphane Guinoiseau. 
Longtemps je me suis demandé si je devais coucher sur le papier l’expérience acquise au camp de Buna-Monowitz (Auschwitz III) lorsque j’avais seize ans. Longtemps même le mauvais démon que j’avais en moi, comme tout être humain a le sien, me disait que, somme toute, je n’avais pas grand-chose à dire et en tout cas pas suffisamment pour avoir la prétention d’écrire un livre. Et ce mauvais démon a gagné durant de longues décennies.
Longtemps aussi je me suis demandé si ce que m’avait appris la vie depuis mon retour des camps, c’est à dire depuis que je suis revenu dans une vie civilisée, ou plutôt moins barbare, méritait d’être transmis. Bien souvent m’effleurait la pensée qu’il ne fallait pas étaler au grand jour les réflexions que m’avait inspirées, depuis plus de quatre-vingts ans, la confrontation sociale avec les êtres humains. Tout cela ne m’apparaissait pas comme nécessaire à écrire et surtout ne m’apparaissait pas comme suffisant pour alimenter le contenu d’un livre. J’avais, d’une certaine manière, peur du mot écrit dont la nature même l’expose à une pérennité que n’a pas le verbe lorsqu’il est prononcé.
Je continuais pourtant à apporter avec passion mon témoignage auprès des adolescents. Je pouvais, sans trop de difficulté, utiliser l’oralité pour communiquer aux jeunes ma foi en la vie. Mais coucher mon message par écrit sur une feuille blanche qui, d’anonyme qu’elle était, devient indiscrète puisqu’elle s’insinue dans les pensées les plus intimes de celui qui l’écrit, me semblait hors de mes possibilités et surtout hors de mes forces.
C’est alors qu’est arrivé Stéphane Guinoiseau, professeur de lettres modernes, rencontré dans un collège où j’intervenais auprès d’enfants de troisième. Il a su, avec délicatesse, éveiller en moi une partie de ma vie que je voulais taire tout en respectant certains de mes silences. Grâce à lui, notre livre a pu voir le jour, ensemble de dialogues entre le professeur et moi. Nous y évoquons bien sûr, et comment ne pas le faire, la quotidienneté concentrationnaire, mais nous abordons surtout les grandes questions existentielles que se pose tout être humain. Avec lui, tout professeur qu’il soit, je me retrouvais dans les classes de Terminale où j’avais l’impression d’évoquer, devant des grands adolescents, les questions philosophiques essentielles, éternelles clés du « vivre ensemble ». Et c’est sans aucune fausse pudeur que, stimulé par sa grande culture, j’ai pu, avec lui, faire de ce livre un réel « travail de mémoire » puisque celui-ci, se nourrissant du passé, c'est-à-dire du « devoir de mémoire », se projette dans l’avenir.
Mon état de santé ne me permettant plus de me rendre, dans les établissements scolaires, au devant des adolescents, comme je le faisais dans le passé, j’espère que la lecture de ce livre leur montrera aussi qu’il ne faut jamais perdre espoir et que, même dans les situations les plus désespérées, il faut être habité par l’espérance et par une foi indestructible en la vie qui restera toujours le plus beau des cadeaux.
 
Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /2007 15:41

 « Vous, apprenez à voir, au lieu de regarder seulement.

 

Agissez, au lieu de bavarder.

 

Voilà ce qui jadis a failli dominer le monde.

 

Les peuples ont fini par en avoir raison,

 

Mais il ne faut pas chanter victoire hors saison.

 

Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »

 

Ces six vers écrits par Brecht à la fin de sa pièce de théâtre, « La résistible ascension d’Arturo Ui » donnent raison au poète, puisque la terre, au cours du dernier millénaire, n’a pas connu une seule année de paix !! Elle a été déchirée par plusieurs milliers de conflits de toutes natures : allant des invasions et conquêtes, aux guerres de libération, aux révoltes et aux révolutions. Et la liste de toutes ces violences, malheureusement loin d’être close, s’allonge tous les jours puisqu’il faut y ajouter aussi les actes de barbarie inqualifiables que génèrent le racisme et l’antisémitisme ainsi que les agressions quotidiennes dont sont victimes les membres de certaines communautés Violences aveugles au cours desquelles, vieillards, hommes, femmes et enfants, sont massacrés.

 

Des massacres d’enfants !! Y a t il crime plus grand que le meurtre des enfants, ces petits d’homme dont le sourire est la seule arme ?

 

De quelle maladie souffrent les hommes pour qu’ils soient toujours aussi violents, aussi insensibles à la douleur de l’Autre, au point qu’il me semble être d’un autre temps lorsque je dénonce l’indifférence ? Cette indifférence qui, pour plagier Ernest Renan, « me donne la notion de l’infini ». Elle me fait mesurer l’immense travail que doivent encore faire tous ceux qui se réclament de l’humanisme et ceux qui, ayant souffert de la barbarie, ont comme mission de témoigner. Témoigner sans cesse, non pour rester éternellement dans le passé, mais pour transformer la mémoire en un projet d’avenir afin que nos enfants, vivent demain des jours plus heureux qu’aujourd’hui !

 

Similaires bien que différentes, les voix des rescapés font écho aux voix des disparus, les « témoins intégraux », comme disait Primo Lévi, les « vrais témoins », morts dans les plus horribles conditions. Les voix des rescapés sont les « témoins des témoins » disait-il encore, et « énoncent un discours fait pour le compte des tiers. Elles cherchent à traduire pour les vivants le langage des exterminés laissés là-bas, et celui des survivants qu’ils sont devenus, avec, en eux, ce quelque chose de mort, qui parle en permanence ».

 

Ne banalisons pas les morts injustes qui, tous les soirs, dans le journal télévisé de 20h, nous montrent que partout dans le monde, se déchaînent la violence et la haine aveugle. .

 

Ecoutons les plaintes des millions de morts de la traite des noirs, des centaines de milliers d’Arméniens massacrés au début du siècle dernier.

 

Ecoutons les gémissements des six millions de victimes de la Shoah laissés sans linceul, là-bas, en Europe de l’Est et dans les fours crématoires des camps de la mort dont Auschwitz est et restera le symbole.

 

Ecoutons ces huit cent mille Tziganes, nos frères en humanité, assassinés sur l’autel de leur liberté.

 

Ecoutons tous les Cambodgiens martyrisés sous le régime de Pol Pot et le million de Rwandais massacrés à coups de machette en moins de trois mois.

 

Réveillons l’indifférence des hommes et des nations devant le drame du Darfour, prélude à un nouveau génocide.

 

Ecoutons toutes ces morts violentes qui ne trouveront leur éternel repos que lorsque les témoins des assassinats apporteront leur pierre à l’édifice de la Mémoire.

 

La haine, mère de la violence, peut conduire certains hommes à commettre des actes d’une barbarie inqualifiable, alors que les autres, l’immense majorité des autres, dans le même temps, restent indifférents.

 

Indifférence cruelle qui fait saigner les plaies et se rouvrir les cicatrices.

 

Sachons déceler derrière certains sourires résignés, la douleur, la détresse, la dignité bafouée.

 

Ecoutons ensemble les cris étouffés des déshérités de la vie, leurs plaintes, leur souffrance.

 

Ecoutons tous ceux qui ont eu la malchance de naître dans certaines régions du monde, écoutons ceux qui, à la minute même où vous lisez ces lignes sont toujours les esclaves de certains hommes. Ecoutons ces petits enfants qui, dans certaines régions du monde, pour simplement subsister et ne pas mourir de faim, mendient leur nourriture, ou la trouvent sur des tas d’ordures, sur des tas d’immondices.

 

Je sais que l’homme est le premier prédateur de l’homme, mais ne banalisons pas le martyr de toutes ses victimes. Ne nous cachons pas derrière la fausse certitude que nous n’y pouvons rien et que, quoi que nous fassions, nous ne modifierons jamais le cours de l’histoire que d’aucuns pensent inéluctable. Etre habité par ce pessimisme, serait abandonner la lutte avant même de la commencer. Ce serait baisser les bras, au lieu de les ouvrir largement pour aider ceux qui souffrent.

 

« Le danger de la banalisation – a écrit Tzvetan Todorov, Directeur de recherche au CNRS - consiste aussi à plaquer le passé sur le présent, à assimiler purement et simplement l’un à l’autre, ce qui a pour effet de méconnaître les deux ».

 

Gardons la capacité de nous émouvoir afin de pouvoir, en permanence, mener le combat pour la survie de l’homme. Car c’est bien à la mort de l’humanité que pourraient, un jour, nous convier certains hommes, puisque les méthodes qu’ils utilisent, de plus en plus sophistiquées, sont de plus en plus meurtrières.

 

Refusons aussi de résoudre ces crimes à un simple problème de chiffres comme le font volontiers les leaders des partis politiques extrémistes. Je trouve abominable d’oser ce genre de bilan !! Une seule mort injuste est déjà inadmissible puisque la vie est le plus merveilleux des cadeaux et que la plus belle vertu de l’homme est de respecter celle des autres !

 

« Cent morts c’est une catastrophe, un million de morts, c’est une statistique », disait le sinistre Eichmann. Refusons de toutes nos forces cette logique mortifère car le massacre d’un million d’êtres humains, non pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils sont, dépasse effectivement la raison.

 

Soyons toujours attentifs, ne relâchons pas notre vigilance, ne flânons pas sur le chemin de la lutte puisque le mal, loin d’être endormi, sévit partout dans le monde.

 

Avec Véronique Alemany-Dessaint je dirai que lorsque « les hommes s’en prennent à l’Homme pour des raisons de religion ou de soi-disant race, laisser le moindre temps au temps, engage une lourde responsabilité face aux vivants et fait preuve de mépris pour ceux qui ont combattu contre cette situation indigne de l’Humanité ».

 

Réveillons-nous. Mobilisons autour de nous toutes les forces de vigilance et prenant notre bâton de pèlerin agissons, sans angélisme, pour la sauvegarde de la dignité des hommes.

 

Mais pressons-nous, il nous reste peu de temps.

 

 

 

7 mars 2007

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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