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Dimanche 3 février 2008
 
« Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu » (Albin Michel) tel est le titre du livre que je viens d’écrire avec mon ami Stéphane Guinoiseau. 
Longtemps je me suis demandé si je devais coucher sur le papier l’expérience acquise au camp de Buna-Monowitz (Auschwitz III) lorsque j’avais seize ans. Longtemps même le mauvais démon que j’avais en moi, comme tout être humain a le sien, me disait que, somme toute, je n’avais pas grand-chose à dire et en tout cas pas suffisamment pour avoir la prétention d’écrire un livre. Et ce mauvais démon a gagné durant de longues décennies.
Longtemps aussi je me suis demandé si ce que m’avait appris la vie depuis mon retour des camps, c’est à dire depuis que je suis revenu dans une vie civilisée, ou plutôt moins barbare, méritait d’être transmis. Bien souvent m’effleurait la pensée qu’il ne fallait pas étaler au grand jour les réflexions que m’avait inspirées, depuis plus de quatre-vingts ans, la confrontation sociale avec les êtres humains. Tout cela ne m’apparaissait pas comme nécessaire à écrire et surtout ne m’apparaissait pas comme suffisant pour alimenter le contenu d’un livre. J’avais, d’une certaine manière, peur du mot écrit dont la nature même l’expose à une pérennité que n’a pas le verbe lorsqu’il est prononcé.
Je continuais pourtant à apporter avec passion mon témoignage auprès des adolescents. Je pouvais, sans trop de difficulté, utiliser l’oralité pour communiquer aux jeunes ma foi en la vie. Mais coucher mon message par écrit sur une feuille blanche qui, d’anonyme qu’elle était, devient indiscrète puisqu’elle s’insinue dans les pensées les plus intimes de celui qui l’écrit, me semblait hors de mes possibilités et surtout hors de mes forces.
C’est alors qu’est arrivé Stéphane Guinoiseau, professeur de lettres modernes, rencontré dans un collège où j’intervenais auprès d’enfants de troisième. Il a su, avec délicatesse, éveiller en moi une partie de ma vie que je voulais taire tout en respectant certains de mes silences. Grâce à lui, notre livre a pu voir le jour, ensemble de dialogues entre le professeur et moi. Nous y évoquons bien sûr, et comment ne pas le faire, la quotidienneté concentrationnaire, mais nous abordons surtout les grandes questions existentielles que se pose tout être humain. Avec lui, tout professeur qu’il soit, je me retrouvais dans les classes de Terminale où j’avais l’impression d’évoquer, devant des grands adolescents, les questions philosophiques essentielles, éternelles clés du « vivre ensemble ». Et c’est sans aucune fausse pudeur que, stimulé par sa grande culture, j’ai pu, avec lui, faire de ce livre un réel « travail de mémoire » puisque celui-ci, se nourrissant du passé, c'est-à-dire du « devoir de mémoire », se projette dans l’avenir.
Mon état de santé ne me permettant plus de me rendre, dans les établissements scolaires, au devant des adolescents, comme je le faisais dans le passé, j’espère que la lecture de ce livre leur montrera aussi qu’il ne faut jamais perdre espoir et que, même dans les situations les plus désespérées, il faut être habité par l’espérance et par une foi indestructible en la vie qui restera toujours le plus beau des cadeaux.
 
par Sam Braun publié dans : sambraun
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Commentaires

Mille remerciements à Sam Braun et à Stéphane Guinoiseau pour la réalisation de ce beau texte. C'est justement d'écrit que je veux parler. Les débuts de la philosophie étaient oraux, si l'on se réfère à Socrate, qui n'a rien publié. Heureusement, ses paroles n'ont pas été perdues parce que Platon, entre autres, les a retenues et traduites par écrit. Bien sûr ce qu'en dit Platon est du Platon, mais on peut sûrement faire confiance à la mémoire de l'époque qui devait être très aiguisée puisque l'enseignement était justement très largement oral.
Dans ce texte du blog, Sam semble penser que l'écrit fige la parole vivante, la dénature, peut-être... C'est un risque bien sûr, mais je dirai quant à moi que l'écrit, en retenant ce qui est dit, permet de le reprendre, de le penser ou le repenser, de le prendre à son compte, de le dépasser, peut-être. La parole ainsi n'est pas perdue et peut servir dans le temps, dans un temps qui n'est plus celui du locuteur. Il faut donc faire confiance à l'écrit, avec toute la prudence de l'esprit critique, bien entendu.
Cet enseignement d'humanisme que nous donne Sam Braun dans le texte de son livre doit pouvoir être édité, multiplié, étendu et ceci grâce à l'écrit. Il y a des pages magnifiques, et seul le langage employé par Sam en les disant peut en faire passer toute l'esthétique humaniste. Il aurait été dommage de perdre cette parole, si fidèle à l'esprit de Sam et dans l'expression écrite de laquelle on entend sa voix, ses intonations... Merci encore pour ce beau travail. Amitiés à tous.
Jean-Pierre Thullier, professeur de philosophie qui a eu la chance de recevoir Sam de nombreuses années en classe.

commentaire n° : 1 posté par : THULLIER Jean-Pierre le: 11/02/2008 20:01:59

Bonjour Monsieur Braun,
j'espère que vous vous rappelerez de moi !
en tout cas, ce qui est sûre, c'est que moi je ne vous oublierai pas!
j'étais "fée du logis" lors de la journée du 17 février 2008, journée de vente de livres pour des enfants malades, et je m'occupais d'apporter vos livres à la caisse, de vous aporter à boire, et c'est à moi que vous aviez fait remarquer que le prix de votre livre était erroné !
Sam, si je peux me permettre, je voudrais rester en contact avec vous ! donnez-moi de vos nouvelles régulièrement, ou alors je me permettrai de prendre de vos nouvelles si vous me laissez vos coordonnées! 
j'admire votre courage, votre sourire, votre gentillesse qui se lisait dans vos yeux, votre imaginaire, et votre espèrance !
lorsque je lis votre livre, je vous vois constamment, et je vous imagine parler de votre esprit positif !
merci d'être là ! oui, c'est vous qui avez gagné, vous qui étiez les seuls humains, et vous seuls qui avez fait triompher l'humanisme, et qui traversent et traverseront les générations par votre exemple!
à très bientôt j'espère

commentaire n° : 2 posté par : Raphaelle Alezra le: 02/03/2008 19:51:48
vous   étes homme sage.  Votre  témoignage est  émouvant.Moi  mème  j'ai  subi cruauté  des  hommes.....Et  des  femmes  qui  ne valent  pas beaucoup  mieux  quand  elles  ont  le  pouvoir . Je  vous  rejoins  lorsque  vous  affirmez  que  c'est  une "MONSTRUOSITE"   d'adopter un  enfant  de  la  SHOAH.
commentaire n° : 3 posté par : RAZIBUZOUZOU le: 04/03/2008 10:24:47
Moi  aussi  j 'ai  vécu  Toutes  sortes  d'HORREURS  dans  ce  monde qui se prétend  CIVILISE.Ca  s'appelle  Avoir de   l'expérience.Abandonné  à  l'age  de  Huit  ans ,  j'ai  été  spolié  de  mon  enfance.Traité  comme  un  délinquant , placé  dans des  familles  d'accueil , orphelinats, centre  d'obvervation, écoles  chrétiennes ,  j'ai  Eu  ma  dose .
A  vingt  ans  j'étais  Flingué , et  Pleinement  conscient   qu'il  falait  étre  Riche  ET  en  bonne  santé et   SURTOUT  BARATINEUR et  FRIMEUR ,pour  survivre  dans  CE  CLOAQUE   NAUSEABOND  qu'on  appelle la   Société    française.Patrie  des  DROITS  dE  L'homme ,  DE  LA  FEMME  ET  SURTOUT  de  L'enfant ,  LAISSEZ  moi  RIRE.
commentaire n° : 4 posté par : RAZIBUZOUZOU LE GAULOIS le: 12/03/2008 09:55:27
  moi   aussi ,  personne  ne  me Croyait  quand  j'étais  enfant  et  que je subissais  l'indifférence  des adultes .
Les   psys  qui  m'auscultaient , les  éducs qui  me  condamnaient , les  magistrats qui  me  rendaient  coupables de crimes  qui  m'étaient inconnus .....J'étais  seul  en  face  de mon destin .
Je   vous  comprend  vénérables  rescapés/ées , face  à ce  monde  indécent , ou  la  CRUAUTE  est  le  seul  motif  de survie.
commentaire n° : 5 posté par : RAZIBUZOUZOU LE GAULOIS le: 20/03/2008 12:32:58
Merci pour tout Monsieur Braun,
je me suis souvenu de vous dès que j'ai entendu parler de ce livre, vous étiez intervenu dans ma classe de 3eme à Chartres il y a une dizaine d'année,
Merci d'avoir relaté ces évènements avec pudeur et humanité

sincèrement
commentaire n° : 6 posté par : Jacquet le: 17/04/2008 18:01:15
Je suis une élève de première et vous etes venu dans mon lycée ce soir (5/06/08).Je suis venu vous dire maladroitement merci pour tout ce que vous nous avez di. Je vous ai di a la fin de la conférence que votre tatouage me faisait peur...vous m'avez dit qu'il ne fallait pas, qu'il fallait juste savoir pour ne pas reproduire. J'admire votre courage...Faites attention à vous et surtout n'arretez pas de partager vos souvenirs. Merci encore

commentaire n° : 7 posté par : Claire le: 05/06/2008 22:13:43

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