Sans vouloir entamer une polémique hors de propos qui serait de savoir si la prostitution volontaire et donc non contrainte est inéluctable à la nature même de nos sociétés, je voudrais simplement exprimer, par cette courte réflexion, ma colère du moment.
Nous apprenons en effet, sur tous les médias, presse écrite et audio-visuelle, que « le gouvernement allemand allait faire venir plusieurs milliers de prostituées lors de la coupe de monde de foot-ball ». Devant cette prostitution organisée à l’échelon gouvernemental, nous n’entendons que le silence étourdissant des associations qui ont pourtant comme vocation de lutter pour la liberté des êtres humains, pour le respect de la Charte des Droits de l’Homme, contre la pression esclavagiste de certains hommes envers d’autres hommes !
On pourrait bien sûr, me dire que de nombreux êtres humains font ce « métier » volontairement sans y être contraints et que l’organisation d’immenses bordels, autorisés en Allemagne, vaut mieux que les laisser dans les rues pratiquer le classique racolage. Les regrouper dans ces « usines », pensent certains, permet plus facilement de les identifier et de les contrôler médicalement. Je connais ces arguments et ce n’est pas sur l’existence de la prostitution et des maisons closes que se place mon « billet d’humeur »
Réfléchissons plutôt aux seules méthodes que pourront utiliser les responsables du gouvernement allemand pour faire venir toute cette population. A qui vont-ils s’adresser pour trouver ces milliers d’êtres humains déplacés ? Vont-ils mettre des petites annonces dans les journaux des pays de l’Est, d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est ? Vont-ils envoyer des émissaires dans tous ces pays pour recruter sur place tous ceux et celles qui manquant de tout n’ont, comme seule solution que la vente de leur corps pour ne pas mourir de faim ?
Ce ne sont évidemment pas ces méthodes de recrutement qu’ils vont utiliser. Alors que vont-ils faire ? Ils vont tout simplement s’adresser aux organisateurs des réseaux de prostitution, c'est-à-dire aux proxénètes qui tirent des profits considérables de la détresse de tous ces gens.
Devenant ainsi complices de ce trafic d’êtres humains, ils seraient en France poursuivis pour proxénétisme aggravé.
Or, dans notre pays, qui a fait entendre sa voix ? Qu s’est insurgé contre l’Etat proxénète ? Quelle organisation humanitaire s’est-elle portée au secours des Droits de l’Homme bafoués légalement en ce début du vingt et unième siècle ?
Personne ne s’est élevé contre ce qui moralement est inadmissible ou si faiblement que ce ne fut entendu par personne.
La barbarie a encore de beaux jours devant elle, et je suis triste de constater qu’une fois de plus les gouvernements en sont les complices.
31 mai 2006
Les filles de l’Est
Le trafic d’êtres humains est un crime contre l’humanité et une honte pour tous les hommes.
Il faut que le monde sache…
Dégradante pour l’homme comme pour la femme, la prostitution n’est qu’une bien triste pratique lorsqu’elle est librement choisie. Hélas, la grande majorité des prostituées sont les victimes malheureuses d’un odieux trafic d’êtres humains. Une forme d’esclavage des temps modernes qui a pris des proportions à peine imaginables depuis l’ouverture des frontières de l’Est.
Des centaines de milliers de très jeunes femmes (jusqu’à 500.000 par année !) sont aujourd’hui vendues, violées, humiliées et dressées à la prostitution pour être ensuite acheminées aux quatre coins du monde. Nombre d’entre elles disparaîtront à jamais, froidement supprimées par leurs bourreaux lorsqu’elles seront devenues inutilisables pour les raisons que l’on devine. Pour d’autres, le calvaire se prolonge, comme pour ces jeunes Moldaves libérées des bordels de Turquie et dont 95% sont infectées par le sida, la syphilis ou l’hépatite.
Piégées par des offres alléchantes d’emploi à l’étranger provenant souvent d’une connaissance ou d’un lointain parent, ces jeunes filles ne peuvent résister à l’espoir de sortir de la précarité d’une vie sans réel avenir. Une fois dans les mains des trafiquants, elles découvrent l’enfer et n’ont d’autre choix que d’accepter le pire, alors que sévices et menaces de mort sur les membres de leur famille attendent les plus récalcitrantes.
Hier dans les grands centres seulement, on les trouve aujourd’hui partout, jusque dans les plus petites villes de province, victimes de la demande sans cesse croissante d’un marché du sexe et du porno en pleine expansion. Humiliées, assassinées dans leur être intérieur, elles sont vendues comme des objets, des poubelles dans lesquelles de pauvres types viennent vider leur abject venin de perversité et de frustrations.
Certains osent défendre encore la prostitution comme un mal nécessaire. Dans ce contexte et ces proportions, ce trafic n’est rien de moins qu’un crime contre l’humanité. Le client se rend coupable de ce crime, au même titre que le trafiquant. Le recours aux services d’une de ces filles doit être dénoncé comme un viol. Les gouvernements et les pouvoirs politiques qui ne mettent pas tout en œuvre pour enrayer ce trafic s’en font les complices.
La consommation de pornographie sous quelque forme que ce soit, doit elle aussi être mise à l’index puisqu’elle alimente un marché dans lequel nombre « d’actrices » sont aussi les victimes de ce trafic.
Personne n’est totalement impuissant pour lutter contre cette infamie. Diffusez cette information autour de vous. Faites connaître la cause de ces jeunes filles par la chanson ci-dessous ou par tout autre moyen. Utopie ? Goutte d’eau dans la mer ? Peut-être. Mais que ce trafic régresse d’un seul petit pourcent et ce sont des milliers de filles qui seront sauvées de l’enfer.
Faites-le pour elles ! Pour ces filles qui pourraient être les vôtres !
Qui sème le vent récolte la tempête, dit le proverbe. Si la justice semble ne pas être de ce monde, un jour viendra où chacun devra rendre compte de ses actes, autant pour le mal que l’on aura fait que pour le bien que l’on n’aura pas fait.
Ph. Decourroux
A écouter sur le site, la maquette "Les filles de l'Est"
Comme des millions de téléspectateurs, j’ai regardé le reportage de l’émission : "Envoyé Spécial" du jeudi 18 mai 2006 sur France 2, informant sur l’étonnante alliance des services de la prostitution, légaux en Allemagne, et de la coupe du monde de football. Cette alliance consiste à organiser au mieux le profit de l’afflux prévu des supporters de football pour optimiser les finances des services de la prostitution.
La raison d’être de ce reportage était que de nombreux mouvements, pays et politiques dénoncent cette alliance en émettant leurs craintes quant à l’ "importation" de 40 000 prostituées forcées et clandestines, dénoncent, donc, la traite des êtres humains pour la prostitution. Au regard, des témoins interviewés, les craintes de ces mouvements, pays, et politiques seraient infondées et en Allemagne la police intervient de façon rigoureuse et systématique pour enrayer la prostitution illégale, bien que les journalistes aient fait un bref rappel de la réalité de la traite des femmes organisée en Allemagne. En parallèle, nous ont été exposés les avantages de la légalisation de la prostitution pour les prostitué-es et les écarts de mentalité entre la France et l’Allemagne quant à ce sujet. Il y avait cependant un grand absent de ce reportage : le client !
Or, la prostitution n’a de raison d’être en l’état, s’il n’y a pas de "client". Et ici, le stigmate de la prostitution s’étend de la prostituée au client : tout homme, quelqu’il soit, quelque soit sa volonté personnelle, son âge, son état civil est un client potentiel. Ainsi, la société patriarcale restreint considérablement l’autonomie de l’expression et du ressenti de la sexualité des hommes. Parce que la prostitution existe, les hommes se voient conditionnés à une sexualité où il leur faut être capables d’être "clients".
Ainsi, les prostitué-es et clients portent-ils le lourd poids du stigmate de la prostitution ?
Que faire avec ce stigmate ?
Les mots
Les étymologies nous disent : "prostituer", mettre en avant, vient de "ester" du grec "histanai" : mettre debout. Le contraire est "restituer". Nous pouvons y lire : le sexe, ou la non-valeur du sexe est mise en avant, ce qui permet au client d’"exister", c’est à dire se mettre "hors de soi". Nous retombons dans le système patriarcal : "je me valorise en te dévalorisant", c’est-à-dire l’impossibilité d’être autonome dans la valorisation de soi. La sexualité sert de noyau pathologique à l’organisation de nos sociétés. Ceci est montré en filigrane dans un ouvrage "Le sexe de l’effroi" de Pascal Quignard (Gallimard), où l’on apprend qu’avec les Romains, la sexualité perd tout son aspect jouissif, vivant. Ainsi, entretenir la prostitution est entretenir la non-évolution de nos sociétés : personne ne peut se construire de façon vivante dans un tel mépris de l’humain. Comme un système "court" tout seul, nous assistons à l’expansion de la prostitution masculine, qui, sans doute et à cause de la non-volonté des politiques de remettre le système (patriarcal) en cause, ira en s’accroissant de façon fulgurante.
A toute femme, à tout homme "collent" les qualificatifs : "prostitué" et "client". Dans le système patriarcal toute femme est une pute. Penser que certaines sortiraient de cette définition est faux. Tant que le système patriarcal fonctionne, toute rhétorique, sémantique en dépend. Que la personne ne vende pas son corps pour survivre, elle sera toujours susceptible d’être considérée comme pute à un autre niveau. En ce qui concerne les hommes, ils doivent absolument être avec une femme qui ne soit pas une prostituée. Ils adoptent des comportements différemment codifiés, et peuvent toujours être perçus comme un "client potentiel", ce qui leur enlève toute crédibilité. L’illusion, qui fait carcan, est de faire croire que certaines sortiraient de cette définition, ce qui entraîne des contorsions rhétoriques et sémantiques qui divisent les femmes entre elles, les femmes et les hommes et les hommes entre eux.
Les mots et la sexualité
En raison de ces qualificatifs, la perception de la sexualité est faussée et tout le monde a fait cette expérience d’au moins une relation sexuelle de "complaisance". Le conditionnement de la sexualité donne ceci : nous avons ce témoignage universel de relation sexuelle de "complaisance" tant pour les femmes que pour les hommes, emprisonnés tous deux dans les préjugés inculqués sur la sexualité des unes et des uns.
En d’autres termes, par voie de prostitution, nous entrons dans le "théâtre patriarcal de la sexualité", dans "la mise ne scène patriarcale" de la sexualité où l’acte sexuel devient une "simulation" et où, donc, nous leurrons tous l’autre. Nous sommes alors "complices" des règles que l’on nous impose.
La réalité qui est désignée "prostitution" n’est qu’un des degrés de ce leurre.
Les mots, la sexualité, les politiques
Le problème consiste dans la connotation très dévalorisante attribuée aux termes "prostitution", "prostitué". Si nous admettons cette connotation très dévalorisante, nous permettons les jeux de la sémantique qui nous entraînent dans la stigmatisation.
Au nom de quoi acceptons-nous cette connotation ? Au nom de quoi posons-nous un tel regard sur cette "mise en scène" de la sexualité ? Ne serait-ce pas en réponse à la volonté patriarcale de considérer la sexualité masculine comme très, très importante, au point de nous laisser aller dans ce labyrinthe où se verbalisent les horribles préjugés tels : les hommes ont des besoins sexuels particuliers, les prostituées sont des femmes vénales et vicieuses qui sont, pour la plupart, volontaires, qui va jusqu’à nous diviser par voie de stigmate ?
Bien sûr la sexualité masculine n’est pas plus importante que la sexualité féminine et, il n’y a pas DEUX sexualités, il n’y en a qu’une : la sexualité humaine qui trouve une expression variée et propre à chacun.
Il y a, par contre, le respect de son corps qui est dû à tout humain et RIEN ne peut justifier ce non-respect.
Si le sexe était perçu comme une partie du corps dont il est tout aussi utile pour la santé de jouir au même titre que le reste du corps : les structures, services spécialisés dans la prise en charge des personnes, des femmes ou des hommes, en difficulté quant à leur sexualité seraient certainement banaux. Alors, la prostitution n’existerait pas. Le problème tient donc de la vigueur des actuels concepts de la sexualité et de la prostitution. Vigueur de la stigmatisation entretenue par la rhétorique et la sémantique patriarcales.
En conclusion, je me permettrais ce propos : avec la connaissance des maisons de "dressage" où les futures prostituées subissent des mauvais traitements afin d’être "dociles" et toutes les informations connues actuellement sur la prostitution, leur impact foncièrement négatif sur la sexualité de l’ensemble de l’humanité, l’entière responsabilité des politiques est engagée. Face à la politique abolitionniste de la Suède qui s’effectue dans de bonnes conditions, où la "prostituée" n’est pas stigmatisée, les autres pays se montrent faibles et sans volonté, vénaux et inhumains, pro-esclavagistes. J’ajouterai qu’ainsi est encouragé l’expansion de l’exploitation de tous les humains : nous voyons bien l’extension de l’exploitation avec la prostitution des enfants, des jeunes hommes.... et entretenue une "atmosphère" sociale d’inégalité, de non-respect entre les humains
Merci pour vos témoignages et écrits.
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