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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /2009 18:13

Je voulais, depuis longtemps, raconter une belle histoire qui m'est arrivée il y a quelques années et qui pourrait être le thème d’une nouvelle littéraire tant elle fut pour moi vivante et émouvante. Vous excuserez mon style qui n’est pas celui d’un nouvelliste !

Sollicité par une association pour venir à Clermont-Ferrand, où je fus arrêté avec mes parents et ma petite soeur, pour faire une conférence sur ma déportation, j'ai eu la chance de rencontrer le petit-fils de la propriétaire de l'immeuble dans lequel nous habitions, rue La Tour d'Auvergne. Cette femme, très liée avec mes parents et qui fut une grande résistante, leur avait proposé de nous cacher, ma petite soeur et moi. Mais mon père, dans son admirable candeur, se sentant profondément français, bien qu’il soit né sous d’autres cieux, était certain que nous ne risquions rien. Il était persuadé que nous ne serions pas arrêtés, puisqu’il avait fait la guerre de 1914 et qu'il fut décoré à ce titre. Il en était tellement convaincu qu’il ne se cachait pas et nous laissait aller à l’école sans aucun problème. Ecoutant peut-être les raisons invoquées par ma mère, il a quand même remis à notre propriétaire un certain nombre d'objets, dont tous ses livres auxquels il tenait tant.

À mon retour d'Allemagne, en 1945, alors qu’avec mon frère j’ai réintégré l'appartement de mes parents, la propriétaire de l’immeuble, femme admirable s’il en fut, nous a rendu bien sûr tout ce que mon père lui avait confié.

Quelques années plus tard, alors que sans laisser d'adresse, j'ai quitté Clermont-Ferrand pour rejoindre Paris pour y mener mes études de médecine, elle retrouve au fond d'un placard une grande poupée ayant appartenu à ma petite soeur Monique. Cette poupée, en celluloïd, comme on les faisait à l'époque, était haute d’au moins 80 cm, et je la revois encore vêtue de sa robe rose tricotée par ma maman.

Que faire de cette poupée, a dû penser cette femme, puisqu'elle ne pouvait pas me la remettre n'ayant pas mon adresse ?

Alors, avec précaution, elle l'a assise sur un fauteuil sur le palier du premier étage de l'immeuble, face à la porte d'entrée de notre ancien appartement, et telle une relique quasiment religieuse, elle l’a laissée des années sur son siège en disant toujours à son petit-fils, qui chaque fois voulait la toucher : « Il ne faut pas toucher à cette poupée, Jean-Pierre, c'est celle de la petite Juive qui est morte en déportation ».

Et tous les ans, avec sa grand-mère, Jean-Pierre lavait la poupée, et tout le temps la grand-mère comme une litanie disait à son petit-fils : « ne touche pas à cette poupée, c'est celle de la petite Juive ».

Devenu jeune adulte, le hasard comme un clin d'oeil, a voulu que Jean-Pierre, avec sa maman, non seulement occupe l'appartement que nous habitions, mais ait eu comme chambre celle qui fut mienne et que je partageais avec mon frère.

Durant des années, en sortant de son appartement, cette poupée lui tendait les bras comme une invite à la serrer contre lui. Et toujours sa grand-mère disait « ne touche pas à cette poupée, Jean-Pierre c'est celle de la petite Juive », et toujours comme un rituel de toilette funèbre, avec sa grand-mère, tous les ans il nettoyait la poupée.

Ses gestes, devenus rituels et les interdits de sa grand’mère perdurèrent au point de devenir pour lui totalement insupportables. Et les années passèrent, l'horloge du temps marquant irrémédiablement les jours qui succèdent aux jours.

Cinq ans environ avant mon arrivée, cette merveilleuse femme qui faisait ainsi revivre ma petite sœur à travers la poupée qu'elle aimait, fait un signe d'adieu à la vie. Et le premier soin de son petit-fils, qui durant des années avait sous les yeux ce jouet qu’il ne pouvait pas toucher autre que dans des rituels de nettoyage, n’eut rien de plus urgent que de jeter cette poupée qui symbolisait pour lui tous les interdits de son enfance.

Quelques années plus tard, me voilà invité à Clermont-Ferrand pour parler justement de ma petite soeur, de mes parents et de ma survie à Auschwitz ! Et un monsieur d'une soixantaine d'années, avec ses bons yeux pleins de larmes, se précipite vers moi et me dit en me serrant contre lui : « Pardonne-moi Sam, il y a quelques années  j’ai jeté la poupée de ta petite soeur !! ». Et tout en m'expliquant ce que je viens de vous raconter il pleurait en s'excusant : « Comprend-moi Sam, j'ai tellement entendu ma grand-mère me dire, en m'interdisant de toucher à cette poupée, que c’était celle de la petite Juive, que je n’avais qu’une hâte, m'en débarrasser au plus vite ! ».

Si la télévision clermontoise conserve ses documents filmés, elle a, dans quelque tiroir, le visage en larmes de Jean-Pierre contant au journaliste l’histoire de « la poupée de la petite Juive ».

 

Par Sam Braun - Publié dans : sambraun
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Commentaires

Mon cher Sam, Permets-moi d'abord de préciser pour les lecteurs qui liraient mon commentaire, que je ne suis pas le Jean-Pierre de ton histoire. Cette histoire, je l'ai lue avec d'autant plus d'attention que tu sais l'affection que je te porte. Je voulais simplement te dire que c'est une belle histoire car elle montre comment, à côté des tenants de la barbarie, il existait durant cette malheureuse période de l'occupation des gens bienveillants et humains. Bien sûr on le sait. Cependant cette humanité tient souvent à des détails qui paraissent parfois futiles mais n'en sont pas moins d'une grande importance pour ceux qui en sont les destinataires. Cette poupée symbolise l'ambivalence qui règne dans le coeur humain : souvenir, relique d'un côté, hantise, peut-être jalousie de l'autre. De quoi en core méditer. Mon cher Sam, je t'embrasse affectueusement. Jean-Pierre T.
Commentaire n°1 posté par THULLIER Jean-Pierre le 08/03/2009 à 19h46
Merci cher Jean-Pierre, de ta fidélité qui me fait chaud au coeur.
Effectivement cette poupée et surtout toute l'affectivité et le souvenir que cette remarquable femme y mettait jusqu'à la rendre sacrée au point qu'il ne fallait surtout pas que son petit fils la prenne pour jouer, était touchant et très émouvant. Lorsque ton homonyme m'a raconté l'histoire, les pleurs qu'il avait alors, m'ont bouleversé peut-être plus encore que la veneration qu'avait sa grand'mère pour le jouet de ma petite soeur.
Comme par le passé j'ai du attendre quelques années avant d'éprouver le besoin d'en parler. Bizarre bonhomme quand même que je suis !!
Je vous embrasse tous les deux très fort
Sam
Réponse de avant d'éprouver le besoin d'en parler. le 10/03/2009 à 22h54
Très cher Sam, J'ai lu cette histoire avec attention et émotion, comme tout ce que tu nous a déjà dit. c'est une nouvelle fois de l'humanité qu'il s'agit, avec son ambivalence. Des hommes admirables comme cette femme, il en existe plus qu'on en imagine, même s'ils ne sont pas médiatisés. Des hommes comme ce Jean Pierre, c'est nous, qui avons tant à travailler pour faire oeuvre utile du passé. Et toi, Sam, c'est tout toi, qui nous accompagnes de ta parole en nous invitant les occasions nullement héroïques d'être un peu plus humain. Merci pour cette histoire que tu nous fait partager avec le talent essentiel du coeur.Je t'embrasse. Ghislaine
Commentaire n°2 posté par Ghislaine B le 09/03/2009 à 16h24
Chère Ghislaine, je ne sais pas si tu as reçu hier soir ma réponse à ton message car je crois avoir, une fois de plus, fait une fausse manip. Je suis devenu si maladroit ! Je te disais en quelques mots que certes cette merveilleuse femme a eu une attitude remarquable pendant la guerre puis ensuite en faisant revivre ma petite soeur à travers cette poupée qu'elle avait sacralisée, mais qu'en plus de cela ce qui m'avait bouleversé c'était les pleurs de cet homme lorsqu'il m'avait raconté l'histoire. Il pleurait comme un enfant et ses regrets étaient même alors comme sacralisés. Bizarement j'ai mis, là aussi, quelques années avant de pouvoir raconter l'histoire de "la poupée de la petite Juive".
Je t'embrasse très fort en te remerciant de ta fidèle amitié.
Sam
Réponse de Sam Braun le 11/03/2009 à 17h17
Cher Sam, encore une histoire émouvante dans laquelle vous nous montrez que partout il y a des hommes et des femmes qui ont su montrer l'exemple...chaque article est une leçon de vie que je savoure.
j'espère que vous vous portez bien !
je vous embrasse

Fanny
Commentaire n°3 posté par COHEN Fanny le 10/03/2009 à 01h13

Effectivement chère Fanny, il y a des gens merveilleux et c'est ceux-là que je veux voir, c'est ceux-là qu'il faut regarder lorsque le moral est un peu en berne. Le sacré qu'a créé cette magnifique femme, en sacralisant la poupée de ma petite soeur, redonner vie à cette petite martyre en protégeant ce qui fut son jouet, m'ont bouleversé. Quant aux larmes de Jean-Pierre, elles ont provoqué les miennes.
Merci pour ta fidélité
Je t'embrasse très fort
Sam

Réponse de Sam Braun le 11/03/2009 à 09h59
Cher Sam,
vous devez surement déjà le savoir mais je vous le dis au cas ou ...
Dans le magazine Marie Claire de ce mois ci, il y a un article sur le Pardon... et l'on fait référence à vous et, au courage dont vous avez fait preuve pour pouvoir pardonner à des hommes bien sombres.
voilà c'est tout :)

je vous embrasse

Fanny
Commentaire n°4 posté par Fanny COHEN le 12/03/2009 à 20h27
Merci chère Fanny, mais avouez qu'ils auraient pu l'llustrer autrement !! :-)
Bien à vous
Réponse de Sam Braun le 19/03/2009 à 11h48
Cher sam,

il y a environ deux ans de cela, vous étiez venu dans ma classe de troisième, à Chartres avec pour professeur Mme Beney.
J'avais été plus que touché par votre témoignage et m'étais alors promis d'aller à Auschwitz, comme un pélerinage pour la mémoire.

Rentrant tout juste d'un super séjour en Pologne, je suis également allé à Auschwitz.
J'ai ressenti alors le besoin de vous écrire, ce que je fais.
Mon émotion fut vive là-bas même si j'ai tout gardé pour moi.
Je comprends maintenant pourquoi vous n'aviez pas parlé de votre calvaire pendant si longtemps.
Pendant toute la visite, votre récit datant pourtant de deux ans me revenait en tête et je ne pouvais m'empêcher de vous imaginer essayant de survivre dans Auschwitz : c'était affreux et atroce.

Je trouve que vous menez un beau combat pour la vie en allant dans les écoles et en parlant de ce qui vous est arrivé : plus jamais ça !

Ce que vous faites est beau et je vous encourage à continuer tant que vous le pouvez, vous embrassant, Damien.
Commentaire n°5 posté par Damien VALADE le 02/05/2009 à 00h34
Mon cher Damien, c'est grâce à des jeunes comme toi que je trouve encore l'energie pour combattre l'ignorance, l'indifférence devant ce qui se passe dans le monde, la racisme et l'antisémitisme.
Merci pour tes paroles si gentilles à mon égard et même si tu es le seul que j'ai réussi à convaincre lors de mon intervention à Chartres, et bien , je n'ai pas perdu mon temps.
Merci aussi d'avoir un peu fait revivre ma famille assassinée à travers ton pèlerinage à Auschwitz.
Si tu dois me joindre fais-le directement à sbraun@wanadoo.fr
Je t'embrasse
Réponse de Sam Braun le 03/05/2009 à 10h42
Cher Sam,

Vous êtes venus jeudi dernier au collège Alfred de Vigny pour la classe de 3ème de Mme Allo. Je voulais juste vous remercier d'être venu, d'avoir partager votre histoire avec nous. Vous nous avez beaucoup touché. Vous êtes un homme rayonnant et très courageux. Ce que vous faites est beau et je repense souvent à cet homme dont vous parliez qui chantait des berceuses et que votre mère nourissait. J'ai lu l'histoire sur la poupée juive , elle m'a beaucoup touché et j'en suis toute retournée. De plus, elle est très bien écrite.
Merci encore.
Laura
Commentaire n°6 posté par Laura le 07/05/2009 à 17h51
Chère Laura, pour des raisons que j'ignore je t'ai écris dejà deux messages qui ne sont pas passés.
Je voulais te dire merci car, alors que je croyais avoir peu intéressé les élèves de ces trois classes, tu me redonnes l'espoir en l'utilité de la mission que je me suis imposée.
Si tu veux m'&crire tu peux le faire directement au  sbraun@wanadoo.fr
Merci encore. Je t'embrasse très fort
Réponse de Sam Braun le 08/05/2009 à 15h50
Cher Sam,
J'ai enfin trouver votre blog! J'en suis d'ailleur ravi! Je tenais a vous remercier une fois de plus pour votre déplacement dans mon lycée a Nevers (lycée raoul follereau). Je tenais aussi a vous remercier pour votre déplacement dans la petite ville de Sermoise sur Loire où nous avons ensemble rendu hommage aux Hommes mort pendant la guerre. votre témoignage ma une fois de plus émus et je vous en remercie car une fois de plus vous m'avez redonner espoir!
Encore merci beaucoup, je vous promet de ne jamais vous oubliez!

Je vous embrasse vous et votre famille sans qui je n'aurai pus vous revoir.
Amicalement      Marion
Commentaire n°7 posté par Marion le 07/05/2009 à 21h29
J'espère chère Marion que cet espoir que j'ai réussi à te redonner ne te quittera jamais. La vie, malgré les embûches qu'elle met sur notre route, malgré les peines et les drâmes qu'elle nous réserve parfois, la vie, chère Marioin est le plus beau des cadeaux. C'est pourquoi il faut la vivre pleinement dans l'amour et le respect de l'autre, seuls sentiments qui feront que ton existence soit une parfaite réussite.
Si tu veux m'écrire directement tu peux le faire au  sbraun@wanadoo.fr
Je t'embrasse très fort
Réponse de Sam Braun le 08/05/2009 à 15h30

Bonjour Sam,
Je suis élève de 3ème et je tenais simplement à vous remercier d'être venu dans notre collège (le collège Alfred de Vigny, à Courbevoie). Votre témoignage m'a vraiment émue et touchée et ce que j'ai apprécié votre sagesse. Pendant ces deux heures de témoignage, vous nous avez raconté des anecdotes, vous nous avez fait réfléchir sans pour autant parler en long et en large d'Auschwitz et des horreurs qui se déroulaient dans ce camps. Je pense que vous êtes quelqu'un d'exceptionnel, et qui, en plus, sait rester humble. Plusieurs fois dans votre témoignage, vous nous avez dit que vous n'étiez pas un héros, et vous nous avez parlé de résistants, comme celui qui était dans la cellule avec vous et qui chantait des berceuses, ou ceux, qui lançaient du pain du haut des plates-formes de la gare, et qui même sous le feu des nazis, continuaient à en lancer.
J'ai aussi aimé l'anecdote avec le chocolat, que vous avait demandé de raconter mon professeur de français (Mme Maquerre). Je me rends compte de la chance que j'ai eu d'entendre votre témoignage, et je m'en souviendrais encore longtemps. C'est vraiment important, à mon avis, que des gens viennent dans les collèges ou les lycées parler de la Shoah, ou tout simplement du racisme, afin que plus jamais il n'y ait de telles guerres.
Merci encore de vous être déplacé pour nous parler, c'était vraiment intéressant.

Marine

Commentaire n°8 posté par Marine le 13/05/2009 à 15h05
Chère Marine, je suis très touché par ton message qui me montre, une fois de plus, s'il en était besoin combien votre sensibilité, à vous les jeunes, est très aiguisée. J'en suis très heureux car cela justifie les efforts que nous fournissons, nous les anciens déportés, pour venir vous rencontrer dans vos écoles malgré notre âge déjà bien avancé !
Si tu devais ne te souvenir que d'une seule chose après mon témoignage, c'est que la vie est le plus beau des cadeaux. C'est pourquoi il faut tout faire pour respecter celle des autres.
Je t'embrasse très fort
Réponse de Sam Braun le 13/05/2009 à 17h11
bonjour monsieur sam braun.
avec tout le respect que je vous dois je viens vers vous.
sans doute est ce le hazard?...........je ne sais pas,je ne sais plus.............
je me suis empressé hier soir de vous connaitre.....a travers internet je viens d avoir quelques renseignements sur vous......votre livre....votre histoire.........je vais m enpresser de trouver votre livre aujourd hui!! lire votre soufrance,votre cheminement face a ce drame et surtout comprendre et essayer de retrouver le gout a la vie!cette vie.........qui pour moi ai devenu enfer, cette vie ou je suis devenu ecoeuré par la race humaine, cette vie ou je suis devenu un oiseau dans une cage........porte fermée et rester simplement au calme avec mes bons animaux qui sont devenuent "MON PILIER" MA SURVIE.............je n ai plus de gout a rien............je suis sous traitement avec un psy........je vie aussi l horreure.........je sais pas si le paradis existe,mais l enfer oui! j y suis...........
Avant toutes autres choses ,je me permettrai  de vous demander l autorisation de vous raconter mon histoire.?.............
je cherche une porte, une ecoute,je cherche a connaitre le chemin de la vie avec le poid d une soufrance.......je pense avoir un long chemin  a faire  c est sur!!!!!!
j ai rencontré une de vos fille, avec un grand coeur, un pur hazard! merci de me lire.............................
Commentaire n°9 posté par leclere brigitte le 05/11/2009 à 06h09
Chère Brigitte, je ne suis pas psychiatre ni psychanalyste mais je suis prêt à lire votre histoire si le fait de l'écrire soulagz votre "mal dze vivre"
Oui la vie est parfois bien pénible mais elle est aussi le plus beau des cadeaux. Il faut toujours espérer et penser que demain sera meilleure qu'aujourd'hui.
Vous pouvez m'écrire directement à :    sbraun@wanadoo.fr
Cordialement
Réponse de Sam Braun le 05/11/2009 à 10h01

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