Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mercredi 7 mars 2007

 « Vous, apprenez à voir, au lieu de regarder seulement.

 

Agissez, au lieu de bavarder.

 

Voilà ce qui jadis a failli dominer le monde.

 

Les peuples ont fini par en avoir raison,

 

Mais il ne faut pas chanter victoire hors saison.

 

Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »

 

Ces six vers écrits par Brecht à la fin de sa pièce de théâtre, « La résistible ascension d’Arturo Ui » donnent raison au poète, puisque la terre, au cours du dernier millénaire, n’a pas connu une seule année de paix !! Elle a été déchirée par plusieurs milliers de conflits de toutes natures : allant des invasions et conquêtes, aux guerres de libération, aux révoltes et aux révolutions. Et la liste de toutes ces violences, malheureusement loin d’être close, s’allonge tous les jours puisqu’il faut y ajouter aussi les actes de barbarie inqualifiables que génèrent le racisme et l’antisémitisme ainsi que les agressions quotidiennes dont sont victimes les membres de certaines communautés Violences aveugles au cours desquelles, vieillards, hommes, femmes et enfants, sont massacrés.

 

Des massacres d’enfants !! Y a t il crime plus grand que le meurtre des enfants, ces petits d’homme dont le sourire est la seule arme ?

 

De quelle maladie souffrent les hommes pour qu’ils soient toujours aussi violents, aussi insensibles à la douleur de l’Autre, au point qu’il me semble être d’un autre temps lorsque je dénonce l’indifférence ? Cette indifférence qui, pour plagier Ernest Renan, « me donne la notion de l’infini ». Elle me fait mesurer l’immense travail que doivent encore faire tous ceux qui se réclament de l’humanisme et ceux qui, ayant souffert de la barbarie, ont comme mission de témoigner. Témoigner sans cesse, non pour rester éternellement dans le passé, mais pour transformer la mémoire en un projet d’avenir afin que nos enfants, vivent demain des jours plus heureux qu’aujourd’hui !

 

Similaires bien que différentes, les voix des rescapés font écho aux voix des disparus, les « témoins intégraux », comme disait Primo Lévi, les « vrais témoins », morts dans les plus horribles conditions. Les voix des rescapés sont les « témoins des témoins » disait-il encore, et « énoncent un discours fait pour le compte des tiers. Elles cherchent à traduire pour les vivants le langage des exterminés laissés là-bas, et celui des survivants qu’ils sont devenus, avec, en eux, ce quelque chose de mort, qui parle en permanence ».

 

Ne banalisons pas les morts injustes qui, tous les soirs, dans le journal télévisé de 20h, nous montrent que partout dans le monde, se déchaînent la violence et la haine aveugle. .

 

Ecoutons les plaintes des millions de morts de la traite des noirs, des centaines de milliers d’Arméniens massacrés au début du siècle dernier.

 

Ecoutons les gémissements des six millions de victimes de la Shoah laissés sans linceul, là-bas, en Europe de l’Est et dans les fours crématoires des camps de la mort dont Auschwitz est et restera le symbole.

 

Ecoutons ces huit cent mille Tziganes, nos frères en humanité, assassinés sur l’autel de leur liberté.

 

Ecoutons tous les Cambodgiens martyrisés sous le régime de Pol Pot et le million de Rwandais massacrés à coups de machette en moins de trois mois.

 

Réveillons l’indifférence des hommes et des nations devant le drame du Darfour, prélude à un nouveau génocide.

 

Ecoutons toutes ces morts violentes qui ne trouveront leur éternel repos que lorsque les témoins des assassinats apporteront leur pierre à l’édifice de la Mémoire.

 

La haine, mère de la violence, peut conduire certains hommes à commettre des actes d’une barbarie inqualifiable, alors que les autres, l’immense majorité des autres, dans le même temps, restent indifférents.

 

Indifférence cruelle qui fait saigner les plaies et se rouvrir les cicatrices.

 

Sachons déceler derrière certains sourires résignés, la douleur, la détresse, la dignité bafouée.

 

Ecoutons ensemble les cris étouffés des déshérités de la vie, leurs plaintes, leur souffrance.

 

Ecoutons tous ceux qui ont eu la malchance de naître dans certaines régions du monde, écoutons ceux qui, à la minute même où vous lisez ces lignes sont toujours les esclaves de certains hommes. Ecoutons ces petits enfants qui, dans certaines régions du monde, pour simplement subsister et ne pas mourir de faim, mendient leur nourriture, ou la trouvent sur des tas d’ordures, sur des tas d’immondices.

 

Je sais que l’homme est le premier prédateur de l’homme, mais ne banalisons pas le martyr de toutes ses victimes. Ne nous cachons pas derrière la fausse certitude que nous n’y pouvons rien et que, quoi que nous fassions, nous ne modifierons jamais le cours de l’histoire que d’aucuns pensent inéluctable. Etre habité par ce pessimisme, serait abandonner la lutte avant même de la commencer. Ce serait baisser les bras, au lieu de les ouvrir largement pour aider ceux qui souffrent.

 

« Le danger de la banalisation – a écrit Tzvetan Todorov, Directeur de recherche au CNRS - consiste aussi à plaquer le passé sur le présent, à assimiler purement et simplement l’un à l’autre, ce qui a pour effet de méconnaître les deux ».

 

Gardons la capacité de nous émouvoir afin de pouvoir, en permanence, mener le combat pour la survie de l’homme. Car c’est bien à la mort de l’humanité que pourraient, un jour, nous convier certains hommes, puisque les méthodes qu’ils utilisent, de plus en plus sophistiquées, sont de plus en plus meurtrières.

 

Refusons aussi de résoudre ces crimes à un simple problème de chiffres comme le font volontiers les leaders des partis politiques extrémistes. Je trouve abominable d’oser ce genre de bilan !! Une seule mort injuste est déjà inadmissible puisque la vie est le plus merveilleux des cadeaux et que la plus belle vertu de l’homme est de respecter celle des autres !

 

« Cent morts c’est une catastrophe, un million de morts, c’est une statistique », disait le sinistre Eichmann. Refusons de toutes nos forces cette logique mortifère car le massacre d’un million d’êtres humains, non pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils sont, dépasse effectivement la raison.

 

Soyons toujours attentifs, ne relâchons pas notre vigilance, ne flânons pas sur le chemin de la lutte puisque le mal, loin d’être endormi, sévit partout dans le monde.

 

Avec Véronique Alemany-Dessaint je dirai que lorsque « les hommes s’en prennent à l’Homme pour des raisons de religion ou de soi-disant race, laisser le moindre temps au temps, engage une lourde responsabilité face aux vivants et fait preuve de mépris pour ceux qui ont combattu contre cette situation indigne de l’Humanité ».

 

Réveillons-nous. Mobilisons autour de nous toutes les forces de vigilance et prenant notre bâton de pèlerin agissons, sans angélisme, pour la sauvegarde de la dignité des hommes.

 

Mais pressons-nous, il nous reste peu de temps.

 

 

 

7 mars 2007

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

compteur pour site internet sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus