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Dimanche 3 février 2008
 
« Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu » (Albin Michel) tel est le titre du livre que je viens d’écrire avec mon ami Stéphane Guinoiseau. 
Longtemps je me suis demandé si je devais coucher sur le papier l’expérience acquise au camp de Buna-Monowitz (Auschwitz III) lorsque j’avais seize ans. Longtemps même le mauvais démon que j’avais en moi, comme tout être humain a le sien, me disait que, somme toute, je n’avais pas grand-chose à dire et en tout cas pas suffisamment pour avoir la prétention d’écrire un livre. Et ce mauvais démon a gagné durant de longues décennies.
Longtemps aussi je me suis demandé si ce que m’avait appris la vie depuis mon retour des camps, c’est à dire depuis que je suis revenu dans une vie civilisée, ou plutôt moins barbare, méritait d’être transmis. Bien souvent m’effleurait la pensée qu’il ne fallait pas étaler au grand jour les réflexions que m’avait inspirées, depuis plus de quatre-vingts ans, la confrontation sociale avec les êtres humains. Tout cela ne m’apparaissait pas comme nécessaire à écrire et surtout ne m’apparaissait pas comme suffisant pour alimenter le contenu d’un livre. J’avais, d’une certaine manière, peur du mot écrit dont la nature même l’expose à une pérennité que n’a pas le verbe lorsqu’il est prononcé.
Je continuais pourtant à apporter avec passion mon témoignage auprès des adolescents. Je pouvais, sans trop de difficulté, utiliser l’oralité pour communiquer aux jeunes ma foi en la vie. Mais coucher mon message par écrit sur une feuille blanche qui, d’anonyme qu’elle était, devient indiscrète puisqu’elle s’insinue dans les pensées les plus intimes de celui qui l’écrit, me semblait hors de mes possibilités et surtout hors de mes forces.
C’est alors qu’est arrivé Stéphane Guinoiseau, professeur de lettres modernes, rencontré dans un collège où j’intervenais auprès d’enfants de troisième. Il a su, avec délicatesse, éveiller en moi une partie de ma vie que je voulais taire tout en respectant certains de mes silences. Grâce à lui, notre livre a pu voir le jour, ensemble de dialogues entre le professeur et moi. Nous y évoquons bien sûr, et comment ne pas le faire, la quotidienneté concentrationnaire, mais nous abordons surtout les grandes questions existentielles que se pose tout être humain. Avec lui, tout professeur qu’il soit, je me retrouvais dans les classes de Terminale où j’avais l’impression d’évoquer, devant des grands adolescents, les questions philosophiques essentielles, éternelles clés du « vivre ensemble ». Et c’est sans aucune fausse pudeur que, stimulé par sa grande culture, j’ai pu, avec lui, faire de ce livre un réel « travail de mémoire » puisque celui-ci, se nourrissant du passé, c'est-à-dire du « devoir de mémoire », se projette dans l’avenir.
Mon état de santé ne me permettant plus de me rendre, dans les établissements scolaires, au devant des adolescents, comme je le faisais dans le passé, j’espère que la lecture de ce livre leur montrera aussi qu’il ne faut jamais perdre espoir et que, même dans les situations les plus désespérées, il faut être habité par l’espérance et par une foi indestructible en la vie qui restera toujours le plus beau des cadeaux.
 
par Sam Braun publié dans : sambraun
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Mercredi 7 mars 2007

 « Vous, apprenez à voir, au lieu de regarder seulement.

 

Agissez, au lieu de bavarder.

 

Voilà ce qui jadis a failli dominer le monde.

 

Les peuples ont fini par en avoir raison,

 

Mais il ne faut pas chanter victoire hors saison.

 

Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde »

 

Ces six vers écrits par Brecht à la fin de sa pièce de théâtre, « La résistible ascension d’Arturo Ui » donnent raison au poète, puisque la terre, au cours du dernier millénaire, n’a pas connu une seule année de paix !! Elle a été déchirée par plusieurs milliers de conflits de toutes natures : allant des invasions et conquêtes, aux guerres de libération, aux révoltes et aux révolutions. Et la liste de toutes ces violences, malheureusement loin d’être close, s’allonge tous les jours puisqu’il faut y ajouter aussi les actes de barbarie inqualifiables que génèrent le racisme et l’antisémitisme ainsi que les agressions quotidiennes dont sont victimes les membres de certaines communautés Violences aveugles au cours desquelles, vieillards, hommes, femmes et enfants, sont massacrés.

 

Des massacres d’enfants !! Y a t il crime plus grand que le meurtre des enfants, ces petits d’homme dont le sourire est la seule arme ?

 

De quelle maladie souffrent les hommes pour qu’ils soient toujours aussi violents, aussi insensibles à la douleur de l’Autre, au point qu’il me semble être d’un autre temps lorsque je dénonce l’indifférence ? Cette indifférence qui, pour plagier Ernest Renan, « me donne la notion de l’infini ». Elle me fait mesurer l’immense travail que doivent encore faire tous ceux qui se réclament de l’humanisme et ceux qui, ayant souffert de la barbarie, ont comme mission de témoigner. Témoigner sans cesse, non pour rester éternellement dans le passé, mais pour transformer la mémoire en un projet d’avenir afin que nos enfants, vivent demain des jours plus heureux qu’aujourd’hui !

 

Similaires bien que différentes, les voix des rescapés font écho aux voix des disparus, les « témoins intégraux », comme disait Primo Lévi, les « vrais témoins », morts dans les plus horribles conditions. Les voix des rescapés sont les « témoins des témoins » disait-il encore, et « énoncent un discours fait pour le compte des tiers. Elles cherchent à traduire pour les vivants le langage des exterminés laissés là-bas, et celui des survivants qu’ils sont devenus, avec, en eux, ce quelque chose de mort, qui parle en permanence ».

 

Ne banalisons pas les morts injustes qui, tous les soirs, dans le journal télévisé de 20h, nous montrent que partout dans le monde, se déchaînent la violence et la haine aveugle. .

 

Ecoutons les plaintes des millions de morts de la traite des noirs, des centaines de milliers d’Arméniens massacrés au début du siècle dernier.

 

Ecoutons les gémissements des six millions de victimes de la Shoah laissés sans linceul, là-bas, en Europe de l’Est et dans les fours crématoires des camps de la mort dont Auschwitz est et restera le symbole.

 

Ecoutons ces huit cent mille Tziganes, nos frères en humanité, assassinés sur l’autel de leur liberté.

 

Ecoutons tous les Cambodgiens martyrisés sous le régime de Pol Pot et le million de Rwandais massacrés à coups de machette en moins de trois mois.

 

Réveillons l’indifférence des hommes et des nations devant le drame du Darfour, prélude à un nouveau génocide.

 

Ecoutons toutes ces morts violentes qui ne trouveront leur éternel repos que lorsque les témoins des assassinats apporteront leur pierre à l’édifice de la Mémoire.

 

La haine, mère de la violence, peut conduire certains hommes à commettre des actes d’une barbarie inqualifiable, alors que les autres, l’immense majorité des autres, dans le même temps, restent indifférents.

 

Indifférence cruelle qui fait saigner les plaies et se rouvrir les cicatrices.

 

Sachons déceler derrière certains sourires résignés, la douleur, la détresse, la dignité bafouée.

 

Ecoutons ensemble les cris étouffés des déshérités de la vie, leurs plaintes, leur souffrance.

 

Ecoutons tous ceux qui ont eu la malchance de naître dans certaines régions du monde, écoutons ceux qui, à la minute même où vous lisez ces lignes sont toujours les esclaves de certains hommes. Ecoutons ces petits enfants qui, dans certaines régions du monde, pour simplement subsister et ne pas mourir de faim, mendient leur nourriture, ou la trouvent sur des tas d’ordures, sur des tas d’immondices.

 

Je sais que l’homme est le premier prédateur de l’homme, mais ne banalisons pas le martyr de toutes ses victimes. Ne nous cachons pas derrière la fausse certitude que nous n’y pouvons rien et que, quoi que nous fassions, nous ne modifierons jamais le cours de l’histoire que d’aucuns pensent inéluctable. Etre habité par ce pessimisme, serait abandonner la lutte avant même de la commencer. Ce serait baisser les bras, au lieu de les ouvrir largement pour aider ceux qui souffrent.

 

« Le danger de la banalisation – a écrit Tzvetan Todorov, Directeur de recherche au CNRS - consiste aussi à plaquer le passé sur le présent, à assimiler purement et simplement l’un à l’autre, ce qui a pour effet de méconnaître les deux ».

 

Gardons la capacité de nous émouvoir afin de pouvoir, en permanence, mener le combat pour la survie de l’homme. Car c’est bien à la mort de l’humanité que pourraient, un jour, nous convier certains hommes, puisque les méthodes qu’ils utilisent, de plus en plus sophistiquées, sont de plus en plus meurtrières.

 

Refusons aussi de résoudre ces crimes à un simple problème de chiffres comme le font volontiers les leaders des partis politiques extrémistes. Je trouve abominable d’oser ce genre de bilan !! Une seule mort injuste est déjà inadmissible puisque la vie est le plus merveilleux des cadeaux et que la plus belle vertu de l’homme est de respecter celle des autres !

 

« Cent morts c’est une catastrophe, un million de morts, c’est une statistique », disait le sinistre Eichmann. Refusons de toutes nos forces cette logique mortifère car le massacre d’un million d’êtres humains, non pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils sont, dépasse effectivement la raison.

 

Soyons toujours attentifs, ne relâchons pas notre vigilance, ne flânons pas sur le chemin de la lutte puisque le mal, loin d’être endormi, sévit partout dans le monde.

 

Avec Véronique Alemany-Dessaint je dirai que lorsque « les hommes s’en prennent à l’Homme pour des raisons de religion ou de soi-disant race, laisser le moindre temps au temps, engage une lourde responsabilité face aux vivants et fait preuve de mépris pour ceux qui ont combattu contre cette situation indigne de l’Humanité ».

 

Réveillons-nous. Mobilisons autour de nous toutes les forces de vigilance et prenant notre bâton de pèlerin agissons, sans angélisme, pour la sauvegarde de la dignité des hommes.

 

Mais pressons-nous, il nous reste peu de temps.

 

 

 

7 mars 2007

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Samedi 25 novembre 2006

Toute ma vie le Temps a exercé sur moi une espèce de fascination. Je dois réfléchir pour préciser mon âge ou celui de ceux que j’aime ; je dois aussi faire un effort pour situer une date ou un évènement dans l’histoire.

 

Le temps est tellement abstrait qu’il m’est difficile de l’intégrer. Et malgré son abstraction, il a objectivement fuit avec une telle vitesse que je ne me suis aperçu de rien. Ma vie a traversé le Temps comme un éclair troue les nuages et je me trouve maintenant à l’aube de mon existence sans m’être rendu beaucoup compte de l’irréversibilité des jours.

 

Oui, le Temps ne cesse de me fasciner.

 

Le temps contre lequel nous nous battons ayant souvent l’impression de n’avoir jamais assez de temps pour terminer ce que nous entreprenons.

 

Le Temps, notre grand ennemi.

 

Le Temps inexorable qui laisse son empreinte sur nos capacités physiques, nous montrant à tout instant sa supériorité en griffant notre corps de sa marque irréversible si mal vécue dans une civilisation comme la nôtre qui voue à la jeunesse un véritable culte.

 

Le Temps après lequel nous courons et qui fuit devant nous dans une course inexorable, incompréhensible, insaisissable.

 

Le temps pour lequel nous nous battons, puisque nous construisons rarement dans l’éphémère, nos réalisations devant, selon nous, perdurer et défier le Temps. L’angoisse de la mort, le vertige que donne la finitude, nous entraînent à créer une œuvre, artistique ou matérielle, qui va nous survivre en prolongeant notre vie au-delà de la mort. Comme si, à travers nos réalisations nous bâtissions notre éternité ! Il en va peut-être ainsi de la création artistique dont les œuvres sont appelées non seulement à se jouer du Temps, mais à le narguer en s’en faisant complice. « Il est permis de définir l’artiste comme celui qui, tel le croyant, met son espoir dans un avenir bien au-delà de la vie » (Jean d’Ormesson dans « C’était bien »).

 

Une de mes amies, artiste sculpteur m’a dit un jour, qu’elle créait pour vaincre son angoisse de la mort, et que seul son besoin d’éternité animait ses bras lorsqu’ils maniaient le maillet et le ciseau.

 

Nous possédons tous un potentiel de création.

 

Tous les êtres humains sont au fond des artistes - le simple fait de vivre est un art en soi - mais le talent, ce qui permet à une création de devenir une œuvre et de s’inscrire dans le temps, est donné à ceux qui, refusant leur propre mort, se projettent dans l’éternité. Ils créent pour conjurer leur finitude, presque pour la nier.

 

Les artistes ont peut-être, plus que les autres, conscience de ce néant, de ce « plus rien », de ce vide post-mortem. Celui qui, comme disait Michel Ange, « est capable d’aller chercher et de faire surgir du fond d’un bloc de marbre la sculpture qui y est cachée », a probablement, plus ou moins consciemment, un vécu de sa fatale disparition, plus grand et surtout plus angoissant que les autres. Il vit d’ailleurs en permanence sa propre mort puisque celle-ci s’inscrit dans sa création.

 

 

Comment définir le Temps, ce Temps si mystérieux puisqu’il est un concept sur lequel ont planché de nombreux philosophes ?

 

Est-il le « temps objectif » que le tic-tac de l’horloge décompte en enlevant à notre vie, minute après minute ?

 

Existait-il avant que le hasard de la création donne naissance au fameux Big-Bang générateur de notre univers ?

 

Que deviendra-t-il lorsque, dans quelques milliards d’années, le soleil se refroidissant, supprimera toute vie sur la terre ?

 

Le temps s’arrêtera-t-il avec la vie de notre planète comme s’il n’existait que parce que l’homme existe ?

 

Est-il l’inexorable usure, l’arrivée incontournable de la vieillesse ? Est-il ce « temps physiologique » qui voit la trace de ses griffures puis la déchéance physique et souvent psychologique s’installer peu à peu ?

 

Ou le Temps n’est-il pas plutôt mesurable par la perception individuelle de chacun ? Ce « temps subjectif », éminemment variable chez chaque individu, et pour un même sujet différent d’un instant à un autre, répond alors à une espèce d’horloge psychologique qui se dérèglerait à tous moments. Certaines minutes sont des éternités, et d’autres sont si courtes que leur brièveté laisse un goût d’amertume et d’insatisfaction.

 

Le Temps que nous ne pouvons ni fixer, ni saisir pour s’en emparer et le manier à notre guise.

 

Le Temps dans lequel le présent, invention des poètes, n’existe pas car parler du présent c’est déjà le conjuguer au passé !

 

Le temps est un mystère insondable.

 

La relation avec le Temps, ou du moins la perception psychologique que je peux en avoir, l’âge aidant, me fascine littéralement.

 

Maintenant, m’acheminant vers la conclusion de ma vie, je ressens que le Temps ne compte plus depuis qu’il m’est compté ! Pardon pour ce mauvais trait venu spontanément sous mes doigts qui effleurent le clavier, mais je ne veux pas le corriger puisqu’il représente à mes yeux, une vérité, ou du moins ma vérité. N’étant pas un créateur talentueux, ma vieillesse n’a que faire des lendemains inconnus et puisque je n’entreprends rien dans une finalité pérenne, j’ai la sensation que demain ne sera pas ou qu’il ne compte pas pour moi. Ce sentiment loin d’être désagréable n’a rien d’angoissant puisque j’aime la vie au point de penser qu’elle est et restera le plus beau des cadeaux.

 

La mort fait partie de la vie puisque la naissance et la mort la délimitent en la définissant. Les gens âgés ont-ils alors « dompté » le temps au point de s’en être rendus maîtres puisque pour eux le temps ne compte plus ?

 

Ceci est un de mes grands questionnements.

 

Certes, certaines personnes, plus elles approchent de l’inéluctable échéance plus leur angoisse grandit. Elles deviennent alors fréquemment acariâtres, parfois agressives et difficiles à vivre, mais j’ai reconnu dans le regard des gens âgés plutôt la sérénité et la joie de vivre que la peur de mourir quelle que soit leur conviction religieuse.

 

N’ont-ils pas alors réussi à maîtriser le Temps ?

 

Et la sagesse n’est-elle pas tout simplement ce nouveau rapport au Temps ?

 

 

25 novembre 2006

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Jeudi 14 septembre 2006

 

 

Il y a quelques jours j’ai lu sur la quatrième de couverture de l’excellent livre de Laurent Gaudé «  L’Eldorado », une phrase fort belle et dont le sens va bien au-delà de ses simples mots : « Il n’y a pas de frontière que l’Espérance ne puisse franchir ».

 

Si l’on s’en tient au contexte de ce livre, si l’on ne recherche pas ce qui se cache derrière les mots, il s’agit de frontières réelles que veulent franchir par tous les moyens des hommes animés par la volonté de vivre. Ils sont courageux, volontaires, obstinés même et ne trouvant pas les moyens de subsister dans leur pays où une grande pauvreté sévit, pensent les trouver de l’autre côté de la frontière, dans ce qu’ils croient être un nouvel « Eldorado ». Ces hommes, que d’aucuns nomment « clandestins », poussés hors de chez eux par la misère se lancent dans cette aventure malgré l’énormité des risques parce qu’ils pensent trouver la survie plus loin, toujours plus loin. Ils bravent tous les dangers, beaucoup périssent en mer et ceux qui n’ont pas eu ce destin et qui échouent, sans se lasser, parce qu’ils n’ont pas d’autres solutions, retenteront plus tard. Ils sont volés, violentés, dépouillés par des hommes sans scrupule qui devaient « les faire passer de l’autre côté », mais malgré cela, ils recommenceront à la première occasion, sitôt qu’ils auront réuni l’argent nécessaire exigée par ces nouveaux négriers. L’espérance de trouver enfin du travail pour simplement subsister et faire vivre leur famille est leur moteur commun. Cette fuite devant le dénouement le plus extrême devient leur seule raison de vivre.

 

Laurent Gaudé, utilise comme symbole ces « clandestins pour survivre », afin de montrer que grâce à l’espérance l’improbable devient possible. Il n’y a pas de barrières que l’espérance ne puisse franchir, espérance qui repousse toujours plus loin les limites de l’impossible. Les hommes stimulés par l’espérance peuvent réaliser leurs rêves. Ils peuvent  réussir leur vie même si l’humanité est de plus en plus impersonnelle et froide et que les inégalités entre les hommes ne cessent de grandir.

 

Comment vivre sans espérance ? Comment envisager l’avenir du monde si on ne le rêve pas meilleur, plus humain et plus fraternel ? Comment traverser sa vie si on marche à côté d’elle plutôt que dans le sillon qu’elle creuse tous les jours, même si celui-ci est parsemé d’ornières ? Comment montrer du désintérêt à ce qui se passe chez l’autre, puisque l’indifférence est la négation même de la société humaine et que l’on est toujours l’autre de quelqu’un ?

 

 

L’espérance, parfois taxée de folle espérance, évoque en moi deux réflexions.

 

Tout d’abord celle très personnelle de ce que fut ma survie à la barbarie d’Auschwitz. Là-bas l’Espérance, sauf le dernier jour, ne m’a jamais quitté. En dehors de toute logique, dans cet enfer où régnait en maître la plus sauvage des violences, où la Mort nous épiait sans cesse pour accomplir son oeuvre, j’avais la certitude que je serais épargné et libéré un jour. Comme je l’ai déjà écrit par ailleurs, cette folle espérance, car il fallait être fou pour avoir de l’espérance là-bas, créait, dans mon imaginaire des lendemains toujours meilleurs. J’étais convaincu de me réveiller un beau matin libre comme je l’étais avant, libre de me mouvoir à ma guise, libre de manger à ma faim, libre de penser ma vie autrement qu’entourée de clôtures électrifiées. Cette espérance qui, comme a dit un philosophe, parce qu’elle est du féminin par rapport à l’espoir est capable, comme une femme qui donne la vie, de créer une minute de plus, une heure de plus, une journée de plus qui, se surajoutant à toutes les autres finissent par faire des mois, puis des années. L’espérance, lorsqu’elle est vécue avec tant d’intensité, est alors génératrice de vie.

 

Quant à ma deuxième réflexion je la trouve dans la mythologie, dans le « Mythe de Pandore ». Dans la jarre offerte par Zeus à Pandore lors de son mariage avec Epiméthée, frère de Prométhée, il y avait tous les maux qui s’abattraient sur l’humanité si un jour ils étaient libérés. Pandore avait ordre de ne pas ouvrir cette jarre, mais, poussée par une insatiable curiosité elle ne résista pas à la tentation et passant outre l’interdiction l’ouvrit pour découvrir ce qu’elle contenait. Alors elle libéra, comme les mauvais génies enfermés dans des jarres, la vieillesse, les vices, les maladies et tous les malheurs s’abattirent sur l’humanité. Effrayée elle referma brusquement la jarre et y tint prisonnière l’Espérance que Zeus avait mise tout au fond.

 

Ainsi l’Espérance n’habitèrent pas les Hommes comme le firent les fléaux, les vices et les maladies mais enfermée dans la jarre elle devint une vertu que seuls ceux qui font l’effort pour la rechercher arrivent à trouver.

 

L’Espérance permet aux hommes de progresser, de vaincre l’adversité lorsque celle-ci leur est défavorable, d’abattre les frontières de ce qui peut leur sembler insurmontable, elle leur permet même de réaliser l’impossible. Restée au fond de la jarre refermée brusquement par Pandore elle n’est possédée que par ceux qui la recherchent inlassablement et qui, une fois qu’ils l’ont trouvée la libèrent avec mille précautions afin de s’en vêtir comme d’un manteau protecteur.

 

Oui Laurent Gaudé a raison, il n’y a pas de frontière que l’Espérance ne puisse franchir puisqu’elle repousse les frontières de l’impossible.

 

 

14 septembre 2006

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Vendredi 21 juillet 2006

Et bien voilà que s’éteignent enfin les lampions de ce que d’aucuns ont appelé, doux euphémisme, la « fête » du foot-ball !

 

S’agissait-il vraiment d’une fête lorsque les reportages télévisuels, dont l’exclusivité fut très chèrement achetée par certaines chaînes de télévision, nous montraient le nombre impressionnant de policiers mobilisés pour cet évènement. Vêtus de leur gilet orange, ils encadraient le terrain et se tenant face au public entassé dans les tribunes, ils épiaient tout mouvement insolite pour prévenir toute violence.

 

S’agissait-il vraiment d’une fête vantant les mérites du sport, ou ne s’agissait-il pas plutôt du réveil brutal du plus absurde des nationalismes qui a trouvé son épilogue dans les manifestations populaires de Rome, où certains excités italiens ont porté fièrement et bien haut un cercueil recouvert du drapeau français ?

 

Curieuse fête qui a convié le monde entier, puisque les seuls Dieux des stades n’étaient pas sur la pelouse mais avaient comme nom : dollars ou euros ?

 

S’agissait-il vraiment d’une fête lorsque certains commentateurs n’hésitaient pas à parler de « l’honneur » de la France quand ils évoquaient la victoire de l’équipe qui portait nos couleurs !  A quel niveau plaçaient-ils l’honneur de la France ? Dans les évolutions d’un ballon rond !!

 

Certes il m’est arrivé, et je n’en rougis pas, de regarder certains matchs et d’admirer le ballet auquel se livraient les joueurs avec ce ballon qui, même lorsque j’étais jeune, était loin d’être maîtrisé par mes coups de pieds mal ajustés. Devant ma télévision j’assistais à un spectacle et le plaisir que j’en retirais n’avait rien à voir avec l’honneur de notre pays !

 

Le foot-ball, devenu sport mondial, me pose en effet plusieurs problèmes.

 

Tout d’abord, je l’ai déjà évoqué, je n’accepte pas la confusion que font les supporters et les commentateurs, entre les ébats des joueurs et l’honneur de notre pays. J’ai trop d’amour et de reconnaissance pour la France qui a accueilli avec générosité, au début du siècle dernier, mon père et ma mère, pour placer ses qualités au même niveau que l’habileté d’un homme, dusse-t-il être français, qui tape dans un ballon rond. Les grands savants qui explorent l’infini de la méconnaissance, ceux qui vont au bout du monde pour être utile aux hommes, éveillent en moi plus de fierté que ceux qui, accompagnés de chèques aux montants astronomiques, font d’un ballon leur seule perspective de vie.

 

Je me pose aussi la question, réactualisée durant un mois par la médiatisation outrancière de la Coupe du Monde  : « pourquoi le foot-ball, de tous les sports d’équipe, est-il celui qui suscite le plus de violence ?».Si, à ma connaissance ce ne fut pas le cas en Allemagne, n’est-ce pas tout simplement parce que l’immense présence policière a été dissuasive ? Que se passe-t-il dans certains pays comme en Angleterre, le dimanche, dans de nombreux stades, lorsque les policiers sont soit absents, soit en nombre insuffisant ?

 

On pourra bien sûr me dire que les bandes de voyous qui se battent dans les stades n’y sont que pour cela et qu’ils n’ont pas grand-chose à voir avec le foot qui ne devient alors qu’un prétexte. Certes, mais pourquoi le foot et pas un autre sport ? Pourquoi le rugby, pourtant infiniment plus viril que le foot, n’attire pas, dans ses tribunes toutes ces bandes de casseurs.

 

Alors se repose à moi la question : « pourquoi le foot ? ».

 

Est-ce parce que, dès qu’il fait ses premiers pas le petit d’homme tape avec ses pieds dans une balle et que dans certains quartiers déshérités la boite de conserve remplaçant le ballon rond va de pieds en pieds selon l’adresse des gamins ?

 

Peut-être que l’explication se trouve effectivement dans la nature même de ce « jeu » qui répond aux premiers instincts de l’homme. Le foot ne porte-t-il pas, par sa nature même, les germes de la violence ?

 

Je pense, en effet, à la symbolique du « coup de pied » qui n’est jamais donné en témoignage d’amitié mais toujours pour se venger d’une offense subie ou plus simplement par agressivité ?

 

Les cartons rouges éliminant des joueurs responsables, sur le terrain, d’actes  jugés violents par les arbitres, ne témoignent-ils de ce mécanisme psychologique, le coup de pied n’étant pas, par nature, preuve d’affection ?

 

Le carton rouge qui a sanctionné Zidane pour son coup de tête donné au joueur italien, n’a-t-il pas été instauré parce que le foot éveille chez le joueur des pulsions de violence ? Violence justifiée selon Zidane puisque, comme il l’a dit lui-même lors d’une interview, « il est un homme » et que comme tel il devait répondre par la violence aux injures qu’il dit avoir reçues. Ce qui veut dire que s’il n’avait pas répondu en donnant « virilement » le coup de tête, il devenait une mauviette à ses propres yeux. Curieuse façon de ne voir dans la justice que la loi du plus fort !

 

Voilà, j’ai eu besoin de me lâcher un peu et de dire à tous ceux qui aiment le foot et que je respecte totalement, qu’il leur faut raison garder.

 

Le sport ne doit jamais devenir ce que furent les jeux du cirque.

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Mercredi 31 mai 2006

Sans vouloir entamer une polémique hors de propos qui serait de savoir si la prostitution volontaire et donc non contrainte est inéluctable à la nature même de nos sociétés, je voudrais simplement exprimer, par cette courte réflexion, ma colère du moment.

 

 

Nous apprenons en effet, sur tous les médias, presse écrite et audio-visuelle, que « le gouvernement allemand allait faire venir plusieurs milliers de prostituées lors de la coupe de monde de foot-ball ». Devant cette prostitution organisée à l’échelon gouvernemental, nous n’entendons que le silence étourdissant des associations qui ont pourtant comme vocation de lutter pour la liberté des êtres humains, pour le respect de la Charte des Droits de l’Homme, contre la pression esclavagiste de certains hommes envers d’autres hommes !

 

 

On pourrait bien sûr, me dire que de nombreux êtres humains font ce « métier » volontairement sans y être contraints et que l’organisation d’immenses bordels, autorisés en Allemagne, vaut mieux que les laisser dans les rues pratiquer le classique racolage. Les regrouper dans ces « usines », pensent certains, permet plus facilement de les identifier et de les contrôler médicalement. Je connais ces arguments et ce n’est pas sur l’existence de la prostitution et des maisons closes que se place mon « billet d’humeur »

 

 

Réfléchissons plutôt aux seules méthodes que pourront utiliser les responsables du gouvernement allemand pour faire venir toute cette population. A qui vont-ils s’adresser pour trouver ces milliers d’êtres humains déplacés ? Vont-ils mettre des petites annonces dans les journaux des pays de l’Est, d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est ? Vont-ils envoyer des émissaires dans tous ces pays pour recruter sur place tous ceux et celles qui manquant de tout n’ont, comme seule solution que la vente de leur corps pour ne pas mourir de faim ?

 

 

Ce ne sont évidemment pas ces méthodes de recrutement qu’ils vont utiliser. Alors que vont-ils faire ? Ils vont tout simplement s’adresser aux organisateurs des réseaux de prostitution, c'est-à-dire aux proxénètes qui tirent des profits considérables de la détresse de tous ces gens.

 

 

Devenant ainsi complices de ce trafic d’êtres humains, ils seraient en France poursuivis pour proxénétisme aggravé.

 

 

Or, dans notre pays, qui a fait entendre sa voix ? Qu s’est insurgé contre l’Etat proxénète ? Quelle organisation humanitaire s’est-elle portée au secours des Droits de l’Homme bafoués légalement en ce début du vingt et unième siècle ?

 

 

Personne ne s’est élevé contre ce qui moralement est inadmissible ou si faiblement que ce ne fut entendu par personne.

 

 

La barbarie a encore de beaux jours devant elle, et je suis triste de constater qu’une fois de plus les gouvernements en sont les complices.

 

 

 

 

31 mai 2006

 

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Mardi 7 mars 2006

Lors de mes interventions dans les établissements scolaires les jeunes veulent souvent savoir ce que je pense du concept de Dieu, après avoir vécu dans les camps d’extermination nazis et côtoyé tant de morts injustes.

 

Je leur explique qu’étant né dans une famille non religieuse (je ne me souviens pas être entré dans une synagogue avec mes parents), j’ai néanmoins traversé à l’âge de 14 ou 15 ans, comme beaucoup d’adolescents, un phase mystique rapidement effacée dès mon arrivé à Auschwitz. J’ai eu ensuite le sentiment, comme l’a écrit un philosophe allemand, que « Dieu était mort à Auschwitz ».

 

Puis, tant bien que mal j’ai survécu, ai retrouvé la vie normale, suis devenu ce que je voulais être, un homme ordinaire.

 

Mais au fur et à mesure que les ans s’accumulaient, je me disais qu’il serait bien dommage, voire même stupide, qu’il n’y ait pas de projet à la vie. Je concevais difficilement que nous ne soyons que la résultante de la rencontre fortuite et combien invraissemblable, en terme de probabilité, de plusieurs atomes.

 

Certains pourraient donner à ce projet le nom de Dieu, pour moi ça n’était qu’une réflexion qui, je dois le dire ne me satisfaisait pas du tout.

 

Et puis un jour, mon épouse m’a apporté la photocopie d’une légende hindoue qu’elle avait lue dans le salon d’attente d’un médecin. En prenant connaissance de cette légende, brusquement, un voile s’est déchiré et j’ai eu la sensation de découvrir qu’elle était écrite depuis toujours en moi, mais que je ne savais pas la lire.

 

 

Ce texte est le suivant :

 

 

« Une vieille légende hindoue raconte qu’il y eut un temps où les hommes possédaient, en eux, la divinité. Mais , leur cupidité, leur égoïsme, leur soif du pouvoir, leur désirent de toujours supplanter les autres, firent qu’ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le Maître des Dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Il convoqua les Dieux mineurs et réfléchit avec eux.

 

 

Un des Dieux lui suggéra d’enterrer le pouvoir divin de l’homme au plus profond de la terre, jusqu’au centre du monde, près du magma, mais Brahma lui répondit : « Non, cela ne suffit pas, car l’homme creusera, creusera, et un jour il le retrouvera, s’en saisira et se comportera à nouveau comme avant ».

 

 

Un autre Dieu lui dit alors : « Maître, cachons-le au plus haut du ciel, là où finit notre monde et commence l’éternité ». Mais Brahma répondit : « Non, cela ne suffit pas non plus, car dans son désir de conquérir l’Univers, l’homme finira par l’explorer, il montra très haut dans le ciel, et il le retrouvera ».

 

 

Un troisième Dieu lui dit enfin : « Maître, immergeons-le au plus profond des océans, là où il n’y a plus de vie, il ne pourra jamais descendre si bas ! ». Mais Brahma répondit : « Non, car l'homme voudra aussi conquérir toutes les mers, il construira des machines qui pourront descendre au fond des océans et en explorant les profondeurs, il le trouvera et le remontera à la surface ».

 

Les Dieux mineurs, désappointés, étaient atterrés et conclurent qu'ils ne savaient pas où le cacher car il ne semblait exister sur terre, dans le ciel ou dans la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour.

 

Alors Brahma, dans sa grande sagesse leur dit : « Je sais ce que nous allons faire, nous allons cacher le pouvoir divin des hommes au plus profond d'eux-mêmes, là, ils ne le chercheront jamais ».

 

Depuis ce temps, conclut la légende, l'homme a fait le tour de la terre, est monté très haut dans le ciel, a exploré la profondeur des océans, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui-même et qu'il retrouvera, lorsqu'enfin il possédera la sagesse ». »

 

 

Cette merveilleuse légende, riche en symboles, je la leur conte lorsqu’ils me demandent ce que je pense du concept de Dieu. Toute cette sagesse, surtout la dernière phrase qui la contient dans son intégralité, je tente de la leur commenter. Je leur explique que, pour moi, comme tous les hommes, ils ont en eux la divinité, mais que pour la trouver il faut se remettre en question tous les jours et ne jamais s’enfermer dans ses certitudes, sources de tous les extrémismes générateurs de violence.

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Samedi 11 février 2006

Récemment m’est parvenu, par Internet, un diaporama accompagné de réflexions sur le bonheur dont la dernière, depuis ce jour, ne cesse d’habiter ma pensée.

 

 

Je vous la livre comme je l’ai reçue :

 

 

« Il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur, car le bonheur, c’est le chemin »

 

 

J’avoue que la lecture et les nombreuses relectures de cette phrase ont éveillé, en moi, plusieurs résonances.

 

J’ai tout d’abord été bercé par son côté poétique, par le chant de ses mots, par les images mêmes que cette phrase faisait surgir en moi.

 

Chaque fois que je la relisais, des explications inattendues me prenaient à bras le corps et m’emportaient vers des réflexions nouvelles, car chaque fois me venaient à l’esprit d’autres pistes de pensée.

 

 

Le bonheur est-il une finalité en lui-même ?

 

Si on devait aller « vers » le bonheur en orientant tous nos efforts dans le but unique de l’atteindre, comme on peut toujours aller plus loin dans notre propre évolution et que le sentiment de plénitude satisfaite n’est jamais abouti, ce bonheur inaccessible deviendrait une utopie inatteignable. Nous serions alors tous frustrés, puisque le but fixé et jamais satisfait, deviendrait presqu’un mythe.

 

 

Si en revanche, on aborde la notion de bonheur non comme un but à atteindre, mais comme un moyen, alors tous les instants de la vie peuvent devenir source de satisfaction, toutes les embûches qu’inévitablement nous rencontrons et que, grâce à nos efforts nous arrivons à vaincre, peuvent être source d’un réel bonheur, d’une vraie plénitude.

 

 

Un proverbe africain dit que « le bonheur se construit à chaque instant de sa vie avec son cœur » et les bouddhistes recommandent de vivre intensément et avec conscience tous les instants de la vie, car chaque instant de la vie est en lui-même un bonheur.

 

 

Nous sommes, me semble-t-il au cœur même de cette réflexion.

 

Pour moi le bonheur n’est pas l’état final dans lequel nous nous trouvons lors de la satisfaction de nos désirs, mais réside dans l’effort permanent qu’il faut fournir pour y arriver. Je serais même tenté de dire que le bonheur est cet effort incessant, parce que bonheur et effort sont de même nature.

 

La vie met au travers de notre route des difficultés, des doutes, des désespoirs. Le bonheur n’est pas dans l’aboutissement de ce périlleux voyage mais dans l’effort permanent qu’il faut fournir, à chaque instant, pour surmonter les obstacles.

 

Obstacles divers puisque le premier de ceux-ci nous le portons en nous. L’homme est le premier prédateur de l’homme et probablement le plus dangereux de tous. En nous se cachent toutes nos faiblesses, toutes nos insuffisances, toutes nos incompréhensions responsables de la plupart de nos maux.

 

Mais en nous se trouvent également les ressources nécessaires pour vaincre toutes nos difficultés.

 

Certes, lorsque se dressent devant nous des barrières nous paraissant infranchissables, lorsque des sentiments de rancœur, de haine aussi et parfois de vengeance nous assaillent et que nous savons les vaincre en les chassant de notre cœur et de notre esprit, lorsqu’enfin nous en sortons vainqueurs, les sentiments qui nous habitent alors, sentiments de plénitude et de satisfaction pourraient être interprétés comme l’aboutissement d’une certaine forme de bonheur. Mais ils ne sont que des sentiments de joie, bien fugitifs et temporaires.

 

 

Alors le bonheur existe-t-il ? Ou n’est-il pas une chimère qui fait courir le monde des hommes ?

 

Le bonheur que chacun recherche avec fébrilité est-il le résultat de la satisfaction d’un désir, ou n’est-il pas simplement comme je l’ai suggéré, non un but en lui-même, mais un moyen ? Un moyen pour aller où ? Un moyen pour aller vers quoi ?

 

Plusieurs réponses peuvent être apportées à ces questions.

 

Je pense, pour ma part qu’il est tout simplement un moyen pour accomplir sa vie  et qu’il n’y a bonheur que dans la satisfaction de l’effort accompli.

 

 

Le bonheur est donc au cours de notre chemin de vie et non à l’aboutissement de celui-ci, ce qui en termes poétiques s’exprime merveilleusement par la phrase que j’ai citée plus haut et par celle lue aussi sur le même diaporama:

 

 

« Le bonheur n’est pas une destination, mais un voyage».

 

 

Voilà les simples réflexions que m’ont inspirées ces textes, réflexions que je voulais partager avec vous.

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Samedi 24 décembre 2005

Une fois de plus les lumières de Noël, ce soir, brilleront de tous leurs feux, les sapins clignoteront en nous faisant de l'oeil, les cadeaux aux papiers colorés s'accumuleront dans certains foyers étouffant sous leur nombre les chaussures mises devant les cheminées. Une fois de plus Noël sera le symbole de la joie, du renouveau et de l'espoir.

Et pourtant, peut-on effacer de notre pensée tous ces petits enfants pour lesquels Noël restera un jour triste, un jour sans espoir, un jour sans bonheur ?

Pour moi qui crois à la force de la pensée puisque je pense qu'elle est matière, unissons nous, par la force de notre volonté afin de soulager un peu la tristesse et la misère de ceux qui n'ont pas eu la chance de naître dans nos familles privilégiées. Vers minuit pensons très fort à tous ceux-là, à tous ceux qui ne trouvent leur subsistance que sur des tas d'imondices, à tous ceux qui n'ont pas la force d'imaginer même le Père Noël.

Je sais que penser à ceux qui souffrent est bien peu de choses, mais ce sera déjà cela car nous oublierons pour un temps nos égoïsmes de nantis en nous penchant, par la force de notre pensée vers tous ceux qui, en silence, appellent à l'aide.

Mais que tous ceux, et je sais qu'ils sont nombreux, qui oeuvrent sur le terrain près de la douleur des autres soient assurés de toute notre reconnaissance et de tout notre amour.

Ainsi nous aurons tous un peu moins honte devant l'accumulation de jouets que recevront, ce soir, nos enfants.

Que 2006 nous apporte à tous la force de nous pencher sur le malheur des autres

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Lundi 5 décembre 2005

Au Monument aux morts de Auschwitz-Birkenau

 

 

 

 

 

 

Mes amis, malgré tout le désir que j'avais depuis plus d'un an d’être avec vous aujourd’hui, je n’ai pu vous accompagner dans ce voyage initiatique, ma santé, me l’a interdit.

 

Jean-Pierre qui a beaucoup œuvré pour la réussite de ce voyage commémoratif, a accepté de me prêter sa voix.

 

J'aurais aimé être avec vous pour entendre, une fois de plus le vent souffler dans les allées du camp et revivre tout ce qu'il avait à nous dire, tout ce qu’il avait à nous raconter, lui qui a tout vu, tout entendu, tout perçu et peut, si on sait l'écouter mieux que l’entendre, nous décrire l'horreur absolue.

 

J'aurais voulu être avec vous pour écouter toutes les pierres restituer l'angoisse, les plaintes, les cris de chacun de ceux qui allaient mourir et dont les voix se sont incrustées en elles pour resurgir et raconter Auschwitz. Vous avez lu aujourd’hui le vrai livre d’histoire de ce lieux rougit par le sang des martyrs, livre qui n’était jusqu'alors dans l’esprit de la majorité d’entre vous, qu’un dramatique livre d’images.

 

J'aurais voulu être avec vous pour revivre la mort de tous ceux qui ont été sacrifiés sur l'autel de la barbarie parce qu'ils étaient d'une autre religion, d’une autre culture et trouvaient leurs références éthiques dans un autre creuset que l’idéologie nazie..

 

J'aurais voulu être avec vous, car seul je n'en ai plus le courage, pour faire avec ma mère, mon père et ma petite soeur, pour faire avec eux et avec les 760 personnes de notre convoi qui ont été massacrés le soir même de notre arrivée, leurs derniers pas d'êtres vivants.

 

J'aurais voulu être avec vous, non pour faire le deuil de ceux qui sont morts ici, car ce deuil-là je ne veux pas le faire, mais pour évoquer dans le silence, la mémoire de tous ceux que personne ne pleure car personne ne leur a survécu. Morts sans cercueil, sans linceul, sans rien. Morts sans souvenir.

 

La sélection, à l’arrivée du train, qui m'a permis de survivre près de deux années, était aléatoire, sans critères particuliers sauf celui, peut-être de paraître assez solide pour être utile à l'effort de guerre du Reich. Et cette sélection, autant qu'il m'en souvienne, se faisait dans le mépris plutôt que dans la haine. On lisait l’indifférence dans le regard de ceux qui choisissaient ceux qu’ils allaient assassiner tout de suite, et ceux à qui ils accordaient un sursis. 240 personnes sur le millier que composait mon convoi ont bénéficié de ce sursis et ont été sélectionnées pour travailler. Près de deux ans plus tard, après la marche de la mort, nous n’étions plus que 40 survivants. Les coups, la faim, la maladie, la terrible épreuve de la marche forcée lorsque nous avons évacué le camp et erré sur les routes durant quatre mois gardés par les SS et les chiens en ne mangeant presque rien si ce n’est l’herbe des prés, en ont tué 200. Certains tombaient, épuisés, soit sur le chantier de l’usine, soit sur la place du camp, lors des interminables appels, soit lors de la marche de la mort. Ils s’affaissaient en tombant, comme des poupées de chiffon.

 

Je vous aurais aussi parlé de ces morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp, de ces êtres au même visage, au même regard, aux yeux sans expression, enfoncés bien loin dans leurs orbites et qui rêvaient de mondes lointains, de pays aux rivages impossibles. Ils ne pensaient pas survivre un jour de plus, un bref instant de plus, car la Mort était toujours-là, présente à nos côtés et rodait autour de nous.

 

Je vous aurais parlé de tout ce dont je ne parle jamais et que seuls les pierres et le vent d'Auschwitz, avec votre chaleureuse présence, auraient libéré de ma mémoire. Lourde charge de soixante années !!

 

Mais je vous aurais dit aussi que les bourreaux, presque tous les bourreaux que j'ai rencontrés dans le camp de Buna-Monowitz, à 6 kilomètres d'ici, ou à l'usine de l'IG Farben, étaient des êtres ordinaires comme nous le sommes  nous-mêmes. Ils assassinaient le jour des centaines de personnes dans la plus totale indifférence, et redevenaient le soir des pères attentifs et des maris modèles. S’ils n'étaient pas génétiquement prédisposés à faire tout ce qu’ils ont fait, ils furent, par contre programmés par un endoctrinement, une idéologie mortifère qui a fait d’eux des machines à tuer avec la conscience du travail bien fait.

 

Pour eux, les juifs, les tsiganes n'appartenaient pas à l'humanité. Ils pouvaient les éliminer comme on tue les insectes, et observaient même leur agonie en regardant par les hublots des chambres à gaz. Ils faisaient tout simplement leur travail au service duquel ils mettaient intelligence et méthodes. Méfions-nous de l’intelligence lorsqu’elle est isolée, car sans conscience, elle ne nous protège pas de la barbarie.

 

Lorsque ce soir de retour chez vous, vos enfants ou vos petits enfants vous demanderont de leur décrire ce que vous avez vu aujourd’hui à Auschwitz, s’ils vous demandent ce qui vous restera de cette journée, qu’allez-vous leur dire ? Qu’allez-vous faire de l’émotion qui vous a étreint durant ces courtes heures ? Comment allez-vous dépeindre l’éternité des minutes concentrationnaires ? Qu’allez-vous leur dire, alors que par votre seule présence, vous êtes devenus maintenant des « passeurs de mémoire » ?

 

Vous leur direz que vous avez approché l’innommable, l’indicible. Vous leur direz que Auschwitz est et doit rester le symbole d’un génocide dont la particularité était que les victimes, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, devenaient « matière première’ ». Vous leur expliquerez ce que les bourreaux faisaient des cheveux, des dents en or, des alliances dont ils dépouillaient les morts et ce qu’ils envisageaient de faire avec la graisse qui sortait des fours crématoires.

 

Vous leur direz aussi et surtout que les bourreaux étaient des hommes ordinaires comme ils le sont eux-mêmes et comme nous le sommes également.

 

En leur expliquant tout ce que vous avez vu et vécu durant cette journée, vous leur direz que leur premier devoir sera de se méfier d’abord d‘eux-mêmes. Le bourreau qu’ils devront combattre et pourchasser inlassablement, toute leur vie, tout en restant vigilants à ce que feront et diront les autres, est celui que, comme tous les hommes ils portent au fond d’eux-mêmes.

 

Nous sommes tous, certes, ombre et lumière et le ventre fécond évoqué par Brecht, dont pourrait rejaillir à tous moments la bête immonde, ce ventre pourrait être notre propre ventre si, un jour, baissant notre garde, nous cessions d’avoir pour l’autre, tous les autres, le respect de leur dignité.

 

Et puis je vous demande, à tous, que vous soyez de culture juive ou que vous ne le soyez pas, je demande à tous, ce soir, de retour chez vous, de chasser votre tristesse, de reléguer dans un coin de votre mémoire toute l’horreur que vous avez côtoyée aujourd’hui. Je vous demande à tous de laisser place à la vie et d’être heureux, malgré Auschwitz et tous les lieux de douleurs. Si les bourreaux, voulant détruire toute une culture ont assassiné des millions de gens, s’ils ont semé tant de tristesse et de désespérance, s’ils ont montré jusqu’où pouvait aller la violence aveugle et l’intelligence au seul service du mal, il faut qu’ils perdent devant la vie qui sera toujours plus forte que la mort.

 

 

                                                                                      11 octobre 2003

 

par Sam Braun publié dans : sambraun
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Jeudi 1 décembre 2005

Depuis quelques semaines on parle beaucoup de l'attitude des cheminots durant l'occupation allemande.

Je sais que les Allemands ont dit après la guerre à peu près ceci : "sans l'aide de la police française et ce que l'on appelle maintenant la SNCF, nous n'aurions jamais pu faire en France tout ce que nous avons fait". En cela ils ont bien raison.

Mais je pense qu'il faut différencier les policiers de la police officielle, de même qu'il ne faut pas confondre la SNCF avec les cheminots.

Il y a eu les organismes officiels qui ne devraient pas être bien fiers de ce qu'il ont laissé faire (comme les rafles dont celle du Vel d'Hiv, les convois en direction de l'Est dont aucun n'a été arrêté etc ...) et les hommes qui composent ces organismes.

Certes ils n'ont pas été tous glorieux, la majorité même a été assez fr